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BAKOUNINE - Pourquoi Dieu empêche la révolution

Pour l'anarchiste russe Bakounine, Dieu est la mère de toutes les autorités. Tant qu'on croira en lui, on acceptera aussi d'obéir à l'État. Retour sur son livre Dieu et l'État.

Mikhaïl Bakounine, né en Russie en 1814, est l'une des grandes figures de l'anarchisme, un courant du socialisme qui veut abolir l'État et toute forme d'autorité. Contrairement aux communistes, qui voient l'État comme une étape vers le socialisme, les anarchistes pensent que le pouvoir corrompt toujours ceux qui l'exercent. Cet épisode s'appuie sur son livre Dieu et l'État, publié en 1882, pour comprendre pourquoi Bakounine fait de la croyance en Dieu un obstacle à la révolution.

Liberté et égalité vont ensemble

À l'école, on apprend souvent que la gauche défend l'égalité et la droite la liberté, comme s'il fallait choisir. Pour Bakounine, c'est un faux dilemme : dans une société sans oppression, il n'y a plus d'inégalités entre dominants et dominés. C'est pourquoi on parle aussi de « socialisme libertaire ».

Dieu, une invention humaine

Bakounine est matérialiste : tout ce qui existe est matière ou vient de la matière. La pensée existe, mais elle est produite par le cerveau. L'esprit est comme une fleur dont les racines sont dans la terre. Dieu est donc une création de l'imagination humaine. La preuve, selon lui : les dieux ont toujours ressemblé aux sociétés qui les vénéraient. L'animisme correspond aux tribus vivant au milieu de la nature, le polythéisme aux cités avec leurs fonctions, le monothéisme à l'unification des peuples par l'Empire romain. Bakounine ne méprise pas la religion : comme la petite souris pour l'enfant, elle a été une étape nécessaire. Mais il estime que l'heure de l'athéisme est venue.

Un maître dans la conscience

Pour Bakounine, croire en Dieu, c'est installer en soi un surveillant qui voit tout. Il relève aussi une contradiction : pourquoi un être parfait, à qui rien ne manque, aurait-il eu besoin de créer un monde imparfait ? L'épisode fait le lien avec Freud, pour qui la religion apaise nos angoisses mais crée un conflit permanent entre la loi divine et nos désirs. Bakounine résume : si Dieu est tout, l'homme n'est rien.

L'éloge de Satan

Plus provocateur encore, Bakounine rend hommage à Satan, celui qui s'est révolté et qui a offert à l'homme le fruit de la connaissance. Car l'ignorance rend docile, et les gouvernements ont tout intérêt à la maintenir. Une fois habitué à obéir à Dieu, on obéit plus facilement à l'État. La Révolution française a d'ailleurs remplacé le culte chrétien par celui de l'Être suprême.

Le piège des abstractions

Pour Bakounine, « tout idéalisme conduit à l'esclavage », car on finit toujours par sacrifier des individus au nom d'un idéal, qu'il soit religieux, politique ou même scientifique. Il se méfie aussi des grands mots comme « l'Homme » : ce n'est pas « l'Homme » qui a construit les pyramides, mais des hommes exploités par d'autres. L'épisode conclut avec lui : obéir commence par croire qu'une autorité a le droit de commander. Pour Bakounine, la liberté ne se réclame pas, elle se prend.

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Pour approfondir, les fiches de cours Matérialisme VS Idéalisme : lequel a raison ? et La politique, est-ce la recherche du pouvoir ?.

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