La politique, est-ce la recherche du pouvoir ?
Course aux places ou souci du bien commun ? De Machiavel à Hannah Arendt, ce que le pouvoir veut vraiment dire en politique.
La politique, est-ce la recherche du pouvoir ? À suivre l’actualité, on serait tenté de répondre oui sans hésiter : campagnes, alliances, trahisons, sondages. Pourtant, quand vous votez ou signez une pétition, vous attendez autre chose qu’un spectacle de rivalités. Vous attendez qu’on organise la vie commune, qu’on protège, qu’on rende justice. Ce sujet de dissertation de philosophie oblige donc à se demander si le pouvoir est le but de la politique, ou seulement son moyen.
La politique se résume-t-elle à prendre et garder le pouvoir ?
Machiavel regarde la politique sans illusion. Dans Le Prince, rédigé en 1513 et publié en 1532, il ne demande pas ce que devrait être un bon roi, mais comment un prince conquiert un État et le conserve. Il doit savoir être à la fois renard pour déjouer les pièges et lion pour effrayer les loups. S’il faut choisir, mieux vaut être craint qu’aimé, car la crainte tient plus sûrement les hommes. La morale ordinaire passe au second plan derrière l’efficacité.
Hobbes, dans le Léviathan (1651), généralise le constat. Il décrit chez tous les hommes un désir perpétuel d’acquérir pouvoir après pouvoir, qui ne cesse qu’avec la mort. La politique serait alors la scène où ce désir se déploie. Max Weber, en 1919, définira d’ailleurs l’État par le « monopole de la violence physique légitime ».
Le pouvoir n’est-il pas plutôt un moyen au service du bien commun ?
Mais réduire la politique au pouvoir, c’est oublier pourquoi on vit en cité. Pour Aristote, dans la Politique, l’être humain est un animal politique. La cité naît pour permettre de vivre, mais elle existe en vue de bien vivre. Aristote distingue ainsi les régimes droits, qui visent l’intérêt commun, des régimes déviés, où les gouvernants servent leur propre intérêt. Le tyran cherche le pouvoir ; le bon gouvernant cherche le bien de tous.
Platon avait poussé l’idée jusqu’au paradoxe. Dans La République, il soutient que la cité la mieux gouvernée est celle où les dirigeants ont le moins envie de gouverner. Celui qui désire le pouvoir pour lui-même est justement celui à qui il ne faut pas le confier. Même Hobbes, au fond, ne fonde l’État que pour une raison : sortir de la guerre de tous contre tous et garantir la paix et la sécurité.
Et si le pouvoir n’était pas une domination ?
Hannah Arendt propose un dépassement. Dans son essai Sur la violence (1970), repris dans Du mensonge à la violence, elle refuse de confondre pouvoir et domination. Le pouvoir correspond à la capacité des humains d’agir ensemble, de concert. Il n’appartient jamais à un seul individu, mais à un groupe, tant que ce groupe reste uni. La violence, elle, apparaît quand le pouvoir se perd : un régime qui doit tirer sur la foule a déjà perdu son pouvoir.
La Boétie l’avait pressenti dans son Discours de la servitude volontaire, rédigé au milieu du XVIe siècle : le tyran ne tient que par ceux qui lui obéissent. Dès lors, la politique est bien une affaire de pouvoir, mais d’un pouvoir qui vient d’en bas et se partage, plus que d’un pouvoir qu’on s’arrache.
Ce qu’il faut retenir
- Machiavel et Hobbes décrivent la politique comme conquête et conservation du pouvoir.
- Aristote rappelle que la cité existe en vue du bien vivre et de l’intérêt commun.
- Platon juge dangereux celui qui désire gouverner pour lui-même.
- Pour Arendt, le pouvoir naît de l’action commune et s’oppose à la violence.
Aller plus loin
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À écouter aussi : Machiavel : l’art de gouverner et de garder le pouvoir, La Boétie : le discours de la servitude volontaire et Edward Bernays : comment manipuler l’opinion en démocratie. Pour prolonger : Les origines du libéralisme et Sommes-nous faits pour vivre ensemble ?.
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