Matérialisme VS Idéalisme : lequel a raison ?
Vos pensées ne sont-elles que des réactions chimiques dans le cerveau, ou l’esprit est-il premier ? Un des plus vieux duels de la philosophie.
Matérialisme et idéalisme répondent à une même question : de quoi la réalité est-elle faite, au fond ? Dans le langage courant, un « matérialiste » aime l’argent et le confort, un « idéaliste » rêve d’un monde meilleur. En philosophie, le sens est tout autre. Quand vous vous demandez si votre tristesse n’est qu’un déséquilibre chimique dans le cerveau, vous êtes en plein dans ce débat.
Le matérialisme : tout est matière
Pour le matérialisme, il n’existe au fond que de la matière. La pensée, les émotions, la conscience en sont des produits ou des effets.
L’idée naît dans l’Antiquité. Leucippe et son disciple Démocrite (vers -460 à vers -370) expliquent tout par des atomes, de minuscules corps indivisibles, qui se déplacent dans le vide. Épicure reprend cette physique pour libérer les hommes de la peur des dieux et de la mort. Le poète latin Lucrèce la diffuse au Ier siècle av. J.-C. dans De la nature.
À l’époque moderne, Thomas Hobbes considère que tout ce qui existe est corps. Au XVIIIe siècle, Julien Offray de La Mettrie publie L’Homme-machine (1747), où il décrit l’être humain comme un mécanisme, et d’Holbach défend un matérialisme radical dans le Système de la nature (1770).
L’idéalisme : l’esprit est premier
Pour l’idéalisme, la réalité première est d’ordre spirituel : l’esprit, les idées ou la conscience. La matière n’en est qu’une manifestation, ou n’est connue qu’à travers l’esprit.
Platon est souvent rangé de ce côté. Pour lui, les choses sensibles ne sont que des copies imparfaites des Idées éternelles, seules vraiment réelles. Au XVIIIe siècle, le philosophe irlandais George Berkeley va plus loin dans le Traité des principes de la connaissance humaine (1710) : pour les choses matérielles, être, c’est être perçu, selon sa formule latine « esse est percipi ». Il n’y a pas de matière indépendante de l’esprit.
L’idéalisme allemand prolonge ce mouvement. Kant défend un idéalisme dit transcendantal : on ne connaît les choses que telles qu’elles apparaissent à l’esprit, pas en elles-mêmes. Hegel (1770-1831) fait de l’histoire du monde le développement de l’Esprit.
Marx et le renversement de Hegel
Karl Marx (1818-1883) reprend la dialectique de Hegel, mais la place sur un terrain matérialiste. Dans la postface à la deuxième édition du Capital (1873), il écrit que chez Hegel la dialectique marche sur la tête et qu’il faut la remettre sur ses pieds. Pour Marx, ce sont les conditions matérielles de la vie, le travail et l’économie, qui façonnent les idées d’une époque, et non l’inverse. C’est le matérialisme historique.
Lequel a raison ? Les arguments des deux camps
Chaque position a ses atouts et ses difficultés :
- Pour le matérialisme : les neurosciences montrent qu’une lésion du cerveau peut modifier la mémoire ou la personnalité. L’esprit semble dépendre étroitement de la matière.
- Contre le matérialisme : on peine à expliquer comment des neurones produisent l’expérience vécue, la couleur rouge telle qu’on la ressent.
- Pour l’idéalisme : on ne connaît le monde qu’à travers sa propre conscience. Celle-ci est la seule chose dont on ne peut douter.
- Contre l’idéalisme : le monde semble exister sans personne pour le percevoir, comme le montrent les fossiles bien plus anciens que l’humanité.
Descartes, dans les Méditations métaphysiques (1641), propose une troisième voie : le dualisme, qui admet deux substances distinctes, la pensée et l’étendue. Mais il bute sur une question redoutable : comment l’âme et le corps agissent-ils l’un sur l’autre ?
Ce qu’il faut retenir
- Le matérialisme affirme que tout est matière, l’idéalisme que l’esprit est premier.
- Démocrite, Épicure, La Mettrie et Marx incarnent le matérialisme, Platon, Berkeley et Hegel l’idéalisme.
- Marx reprend la dialectique de Hegel en la plaçant sur des bases matérielles.
- Le débat se poursuit aujourd’hui avec les neurosciences et le problème de la conscience.
Aller plus loin
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À voir aussi : Platon : l’allégorie de la caverne, Hegel : la dialectique expliquée simplement et Marx : l’aliénation expliquée simplement. Pour approfondir, les cours Introduction à la dialectique de Hegel et Raison et expérience.
