SIMONE DE BEAUVOIR - Le féminisme existentialiste
Pour Simone de Beauvoir, il n'existe pas plus de nature féminine que de nature humaine. Cet épisode montre comment son féminisme découle directement de l'existentialisme.
Simone de Beauvoir, née en 1908, est l'une des grandes figures du féminisme du XXe siècle, notamment grâce au Deuxième Sexe, paru en 1949. Mais on oublie souvent que son engagement découle d'une philosophie plus large : l'existentialisme. Entre féminisme libertaire, intersectionnel ou différentialiste, il est facile de s'y perdre. Cet épisode explique de quel féminisme parle Beauvoir, et pourquoi.
L'expérience du déclassement
Beauvoir a elle-même raconté un épisode décisif de sa jeunesse. Après la Première Guerre mondiale, la banque de son grand-père maternel fait faillite et toute la famille est ruinée. Son père lui annonce qu'elle et sa sœur devront travailler pour vivre. Son rêve de devenir écrivaine se change alors en nécessité : travailler, gagner son indépendance et se faire respecter dans un monde dominé par les hommes. Elle étudie la philosophie et rencontre Sartre en 1929.
L'existence précède l'essence
Pour expliquer l'existentialisme, Sartre prend l'exemple du coupe-papier dans L'existentialisme est un humanisme. Un objet fabriqué a été pensé avant d'exister, pour une fonction précise : chez lui, l'essence précède l'existence. Pour l'être humain, c'est l'inverse. Dans un existentialisme athée, personne n'a conçu l'homme avec un but : il n'a pas de nature fixée d'avance, il se définit par ses choix. On a reproché à cette philosophie d'ignorer les déterminismes sociaux, comme l'a fait le marxiste Georg Lukács. L'épisode répond avec une image : le bateau est poussé par les courants, mais c'est le capitaine qui tient le gouvernail.
Le refus de l'éternel féminin
Si l'être humain n'a pas d'essence, il n'existe pas non plus d'essence féminine ou masculine. Le féminisme de Beauvoir est donc un anti-essentialisme. Il s'oppose au féminisme différentialiste, qui pense qu'il existe une nature féminine à valoriser. L'épisode montre que ce désaccord n'est pas une simple querelle d'opinions : il renvoie à la vieille querelle des universaux, sur la question de savoir si les essences existent réellement ou si ce sont des constructions de l'esprit. Pour Beauvoir, l'« éternel féminin » est un mythe qui permet aux hommes de figer les femmes dans des fonctions prétendument naturelles, et donc de les priver de liberté.
Dépasser la biologie
Beauvoir dénonce la naturalisation des rôles sociaux : des différences biologiques ne justifient pas des différences de fonction. Sur le plan animal, l'homme produit et la femme reproduit, ce qui l'a longtemps maintenue dans la dépendance. Elle écrit que le malheur de la femme est d'avoir été biologiquement vouée à répéter la vie. Mais pour elle, la civilisation n'est pas le prolongement de la biologie, elle en est le dépassement. Avec la mécanisation du travail et la baisse de la mortalité infantile, les rôles liés à la survie de l'espèce perdent leur sens. Femmes et hommes peuvent alors devenir des individus libres, porteurs de leurs propres projets.
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Pour approfondir, les fiches de cours Qu'est-ce que l'existentialisme ? et Nature et culture.
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