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Qu'est-ce que l'existentialisme ?

« L’existence précède l’essence. » Derrière cette formule de Sartre, un courant qui a marqué l’après-guerre et une idée simple : chacun est ce qu’il fait.

L’existentialisme est un courant philosophique qui place au centre l’existence concrète de l’individu, sa liberté et ses choix. Il a connu un immense succès en France après la Seconde Guerre mondiale, jusque dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés. Sa question de départ parle à tout le monde : chacun est-il défini par sa nature, son milieu, son passé, ou par ce qu’il décide d’en faire ? Changer de métier à quarante ans, quitter une vie toute tracée, refuser un rôle : autant de situations où cette question devient très concrète.

D’où vient l’existentialisme ?

On considère souvent le Danois Søren Kierkegaard (1813-1855) comme le précurseur du courant. Contre les grands systèmes philosophiques, en particulier celui de Hegel, il défend l’individu singulier, qui doit faire des choix sans garantie. Il analyse l’angoisse comme l’expérience même de la liberté, notamment dans Le Concept d’angoisse (1844).

Au XXe siècle, Martin Heidegger, avec Être et Temps (1927), et Karl Jaspers développent une réflexion sur l’existence humaine qui influence fortement Sartre. Heidegger refusera pourtant l’étiquette d’existentialiste, comme le fera aussi Albert Camus.

Que signifie « l’existence précède l’essence » ?

Jean-Paul Sartre résume sa pensée dans une conférence de 1945, publiée en 1946 sous le titre L’existentialisme est un humanisme. Il prend l’exemple d’un coupe-papier : l’artisan en a l’idée avant de le fabriquer. Son essence, c’est-à-dire sa définition et sa fonction, précède son existence. Pour l’être humain, Sartre affirme l’inverse : l’homme existe d’abord, puis se définit par ses actes. Il n’y a pas de nature humaine fixée d’avance.

Conséquence directe : personne ne naît lâche ou héroïque, on le devient par ce que l’on fait. Simone de Beauvoir applique cette idée à la condition des femmes dans Le Deuxième Sexe (1949) : « On ne naît pas femme : on le devient. » Ce que la société présente comme une nature féminine est, pour elle, le produit d’une histoire et d’une éducation.

Liberté, angoisse et mauvaise foi

Si rien ne définit l’homme d’avance, il est entièrement responsable de ce qu’il est. Sartre appelle angoisse la prise de conscience de cette liberté totale. Pour la fuir, beaucoup se racontent des histoires : se dire qu’on n’a pas le choix, ou que c’est son caractère. Sartre nomme cette attitude la mauvaise foi.

Dans L’Être et le Néant (1943), il décrit un garçon de café aux gestes un peu trop appliqués, qui joue à être garçon de café comme si c’était sa nature. Il se fige dans un rôle pour oublier qu’il pourrait agir autrement.

Que reste-t-il de l’existentialisme ?

Le courant a été critiqué. Dans les années 1960, le structuralisme lui reproche de surestimer la liberté du sujet face aux structures sociales et au langage. Mais ses notions restent très présentes : responsabilité, authenticité, refus des excuses toutes faites. Chaque fois que quelqu’un affirme qu’il n’est jamais trop tard pour changer, il parle un peu comme un existentialiste.

Ce qu'il faut retenir

  • L’existentialisme met au centre l’existence concrète, la liberté et la responsabilité de l’individu.
  • Kierkegaard en est le précurseur ; Sartre et Beauvoir en sont les figures principales en France.
  • « L’existence précède l’essence » : l’homme se définit par ses actes, pas par une nature donnée.
  • La mauvaise foi consiste à fuir sa liberté en se réfugiant derrière un rôle ou une excuse.

Aller plus loin

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Sur le site, retrouvez les épisodes Sartre : le regard des autres et « l’enfer, c’est les autres », Sartre : l’amour, vouloir posséder une liberté et Camus : l’absurde, Sisyphe et L’Étranger. À voir aussi, les cours Histoire de la philosophie : Partie 4 - Les philosophies contemporaines et La liberté n’est-elle qu’une illusion ?.

Pour situer ce courant dans l’histoire des idées : Philorama (★ 4,5/5 sur Amazon, 15 avis) (Larousse), l’histoire de la philosophie en bande dessinée, avec David Merheb.

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