Camus : l'absurde, Sisyphe et L'Étranger
L'absurde naît du face-à-face entre notre besoin de sens et le silence du monde. Pourquoi Camus refuse le suicide et choisit la révolte.
Albert Camus et Jean-Paul Sartre se rencontrent en 1943. Tous deux sont de gauche, mais pas de la même façon. Camus dénonce les camps soviétiques ; Sartre, compagnon de route du Parti communiste, ménage l'URSS. La rupture éclate après L'Homme révolté (1951), durement critiqué dans la revue de Sartre, Les Temps modernes, en 1952. On range souvent Camus parmi les existentialistes, mais lui s'en défendait : il est d'abord le penseur de l'absurde. Cet épisode présente cette notion à travers trois œuvres de genres différents : l'essai Le Mythe de Sisyphe, le roman L'Étranger et la pièce Caligula.
Le seul problème sérieux
Le Mythe de Sisyphe (1942) s'ouvre sur une phrase choc : il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux, c'est le suicide. Juger si la vie vaut la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie. Si l'existence n'a pas de sens, pourquoi continuer ? Pour Camus, ce n'est pas une question de salon. C'est une question qui engage la vie entière.
Pourquoi tient-on autant à la vie ?
On peut répondre par la culture : religions et morales font de la vie quelque chose de sacré. On peut aussi répondre par la biologie : tout être vivant est programmé pour survivre. Camus le dit simplement : le corps recule devant l'anéantissement. Mais aucune de ces réponses ne donne de raison. Dire « on tient à la vie, donc elle a de la valeur » ne satisfait pas l'esprit.
L'appel humain et le silence du monde
Pour Camus, l'absurde naît de la confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde. L'animal ne se demande pas pourquoi il existe. L'être humain, lui, est conscient, et il sait qu'il va mourir. La religion offre une réponse, mais pour Camus c'est un saut par-dessus la raison. La science explique comment les choses arrivent, pas pourquoi elles existent. Une cause n'est pas une raison d'être.
Sisyphe et la répétition
Les dieux ont condamné Sisyphe à pousser un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe sans fin. L'image parle à tout le monde : se lever, travailler, recommencer, sans savoir à quoi bon. Pascal parlait du divertissement : on s'occupe pour ne pas voir sa condition.
Meursault, l'étranger
Dès la première phrase de L'Étranger (1942), Meursault annonce la mort de sa mère en ignorant si elle date d'aujourd'hui ou d'hier. Il semble indifférent à tout. Quand sa compagne lui demande de l'épouser, il répond que cela lui est égal. Un jour, sur une plage, il tue un homme et explique au procès que c'était « à cause du soleil ». Ce qu'on lui reproche surtout, c'est de ne pas avoir pleuré à l'enterrement de sa mère. Meursault n'est pas désespéré : il n'attend plus rien. Le désespoir, c'est une attente déçue. Lui n'a plus d'attente.
La révolte
La réponse de Camus n'est ni le suicide ni la fuite dans l'espoir. C'est la révolte : regarder l'absurde en face, sans se résigner, et vivre pleinement malgré tout. Sisyphe, conscient de son sort, en devient le maître. Le rocher reste le même, mais sa façon de le porter change. Camus conclut : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. »
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Pour approfondir, les fiches de cours Qu'est-ce que l'existentialisme ? et Avons-nous le devoir d'être heureux ?.
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