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L'épicurisme : la recette du bonheur selon Épicure

Être épicurien, ce n'est pas tout s'autoriser. Épicure enseigne au contraire la modération et le tri des désirs. Sa recette du bonheur, expliquée.

Après le stoïcisme, voici l'autre grande sagesse de l'Antiquité : l'épicurisme, du nom de son fondateur, Épicure, qui enseignait à Athènes à la fin du IVe siècle avant Jésus-Christ, dans une école appelée le Jardin. Cet épisode ne prétend pas tout dire de cette philosophie, mais en donne les clés.

Un contresens tenace

Aujourd'hui, se dire épicurien, c'est se dire amateur de bonne chère et de plaisirs. Certains s'en servent même pour justifier la gourmandise ou l'excès. C'est un contresens complet. Pour Épicure, le bonheur ne se trouve jamais dans l'excès.

Le plaisir qui se retourne contre nous

Nous sommes des êtres de chair, et nos sensations se situent entre deux pôles : le plaisir et la douleur. Naturellement, on recherche le premier et on fuit la seconde. Mais on se trompe souvent. Finir la bouteille de vin ou le pot de pâte à tartiner procure du plaisir sur le moment, et une douleur le lendemain. Le bonheur demande donc de modérer ses plaisirs pour qu'ils restent des plaisirs. Épicure le décrit comme l'absence de trouble dans l'âme, l'ataraxie, et l'absence de douleur dans le corps, l'aponie.

Trois sortes de désirs

Le désir n'est pas le plaisir : le désir est un manque qui nous pousse vers un objet, le plaisir naît de sa satisfaction. Rousseau notait d'ailleurs que l'objet désiré perd de son charme dès qu'on l'obtient. Épicure classe les désirs en trois familles. Les désirs naturels et nécessaires, comme manger ou boire, doivent être satisfaits. Les désirs naturels mais non nécessaires, comme une belle entrecôte avec un bon vin au lieu d'un morceau de pain, peuvent l'être avec modération. Épicure range d'ailleurs le désir sexuel dans cette catégorie. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme la richesse sans fin, la gloire ou le luxe ostentatoire, sont des désirs vains, qu'il faut écarter.

Une philosophie de la frugalité

Les désirs vains n'ont pas de limite, et c'est ce qui les rend dangereux. Comme dans l'addiction, il faut toujours augmenter la dose pour retrouver la même sensation. Les Grecs avaient un mot pour cette démesure : l'hubris. Quelqu'un qui possède déjà tout ce qu'il lui faut et en veut toujours plus ne dort pas plus tranquille pour autant. L'épicurisme n'est donc pas une philosophie de la jouissance sans frein, mais de la maîtrise de soi et de l'économie des plaisirs.

Ce qu'il en reste aujourd'hui

À la fin du XVIIIe siècle, l'utilitarisme de Jeremy Bentham, puis de John Stuart Mill, reprendra l'idée que la vie vise le plaisir, avec un calcul des plaisirs et des peines. Mais notre société de consommation, qui pousse à désirer toujours plus, est très loin de l'esprit d'Épicure. Pour aller plus loin, la Lettre à Ménécée résume en quelques pages sa vision du plaisir, de la douleur et de la mort.

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Pour approfondir, les fiches de cours Désir et bonheur et Histoire de la philosophie : Partie 1 - L'Antiquité.

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