L'EXPÉRIENCE DE MILGRAM - La soumission à l'autorité
Pourquoi des gens ordinaires acceptent-ils d'envoyer des décharges électriques à un inconnu ? Cet épisode revient sur l'expérience de Milgram, et propose de la comprendre plutôt que de la juger.
Entre 1960 et 1963, le psychologue américain Stanley Milgram mène une série d'expériences devenues célèbres, reprises jusque dans le film I… comme Icare d'Henri Verneuil. Le but : mesurer jusqu'où un individu peut obéir à une autorité qu'il juge légitime, même quand on lui demande d'agir contre sa conscience. Milgram a jugé ses résultats « inquiétants ». Cet épisode présente l'expérience, puis propose une lecture à contre-courant.
Le protocole
Des volontaires répondent à une annonce pour une étude sur la mémoire. Ils arrivent par deux, et un tirage au sort désigne un « élève » et un « professeur ». L'élève est attaché à une chaise électrique dans une autre pièce. À chaque erreur, le professeur doit lui envoyer une décharge, de plus en plus forte, de 15 volts en 15 volts, jusqu'à plusieurs centaines de volts. L'élève gémit, crie, puis supplie qu'on arrête. À chaque hésitation, le scientifique en blouse blanche relance le professeur avec des phrases de plus en plus pressantes, jusqu'à : « Vous n'avez pas le choix, vous devez continuer. » En réalité, l'élève est un comédien, et le vrai sujet de l'étude, c'est le professeur.
Des chiffres à nuancer
En moyenne, environ 65 % des participants vont jusqu'au bout. Mais ce chiffre varie beaucoup. Quand le professeur est en contact physique avec l'élève, il tombe à 30 %. Quand deux scientifiques se contredisent, il tombe à zéro : dès que l'autorité se fissure, elle s'effondre. Surtout, tous les participants ont montré des signes de réticence. La vidéo rappelle aussi les critiques de Gina Perry, qui en 2013 a accusé Milgram d'avoir gonflé ses résultats, d'avoir relancé certains sujets bien plus que prévu et d'avoir cherché à prouver ce qu'il croyait déjà.
Comprendre plutôt que juger
Face à ces résultats, on a tendance à s'indigner et à se dire qu'on aurait refusé. L'épisode invite à se méfier de ce réflexe : statistiquement, les sujets de l'expérience, c'est tout le monde. Ceux qui ont obéi n'étaient pas des sadiques. Ils étaient pris entre leur conscience et leur confiance dans une institution sérieuse. Sans confiance, pas de vie sociale possible : on ne soupçonne pas son boulanger d'empoisonner sa baguette. Les caméras cachées de François Damiens jouent sur le même ressort : face à un guichetier absurde, on se dit qu'il doit bien y avoir une raison.
Obéissance, conformisme et banalité du mal
Tout le monde obéit : l'employé à son patron, le contribuable au fisc, le soldat à son colonel. Le vrai problème est l'obéissance aveugle, et plus encore le conformisme, cette soumission quotidienne à la mode ou aux idées dominantes, d'autant plus dangereuse qu'on ne la remarque pas. La vidéo évoque Hannah Arendt et la « banalité du mal » à propos d'Eichmann, qui se voyait comme un simple bureaucrate. Ce qui se joue chez Milgram, c'est la délégation de responsabilité : on se sent couvert par l'autorité. L'épisode se termine sur Rousseau : le citoyen obéit aux lois, pas aux hommes.
Pour découvrir les grands philosophes simplement : La philosophie, c'est pour vous aussi ! (★ 4,8/5 sur Amazon, 206 avis)
Pour approfondir, les fiches de cours Morale et liberté et Le hors-la-loi peut-il être juste ?.
En tant que Partenaire Amazon, Le Précepteur réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
