Freud : l'inconscient, le ça, le moi et le surmoi
Rêves, lapsus, actes manqués : selon Freud, une grande part de notre vie psychique nous échappe. L'inconscient et ses instances, expliqués simplement.
Sigmund Freud (1856-1939), neurologue autrichien, fonde la psychanalyse à la fin du XIXe siècle. Ses thèses divisent encore, et son statut scientifique est très discuté. Mais son idée centrale a bouleversé la façon de penser l'esprit humain : on ne se connaît pas aussi bien qu'on le croit. Freud le résume d'une formule célèbre : le moi n'est pas maître dans sa propre maison. Cet épisode présente sa notion clé, l'inconscient.
Ce que l'inconscient n'est pas
L'inconscient freudien n'est pas le fait de perdre connaissance. Ce n'est pas non plus l'automatisme, quand on arrive en voiture sans se souvenir du trajet : là, il s'agit d'un simple manque d'attention. L'inconscient est une partie de l'esprit qui n'apparaît pas à la conscience, mais qui agit sur nos pensées, nos désirs et nos comportements. On le représente souvent comme la partie immergée d'un iceberg.
Avant Freud
Platon pensait déjà que l'âme possède des connaissances qu'elle ignore, et que le dialogue permet de les faire remonter : c'est la réminiscence, que Socrate pratiquait par la maïeutique. Descartes, au XVIIe siècle, réduit au contraire l'esprit à la pensée consciente. Leibniz, lui, parle de « petites perceptions » : en entendant le bruit de la mer, on perçoit sans s'en rendre compte le bruit de chaque vague. Mais aucun d'eux ne décrit l'inconscient comme une force active.
Le refoulement
Pour Freud, l'inconscient est fait de désirs et de pensées refoulés, c'est-à-dire repoussés hors de la conscience parce qu'ils heurtent les règles de la vie en société. Vivre ensemble oblige à brider ses pulsions, sexuelles ou agressives. Ce conflit entre le désir et l'interdit produit la névrose. À des degrés divers, tout le monde est concerné.
Le ça, le moi et le surmoi
Dans Le Moi et le Ça (1923), Freud propose une nouvelle carte de l'esprit. Le ça est le réservoir des pulsions. Le surmoi est la loi intériorisée depuis l'enfance : une sorte de gendarme ou de juge intérieur, qui produit la culpabilité et la honte. Le moi tente de négocier entre les deux. Souvent, ce ne sont pas les autres qui interdisent quelque chose : c'est soi-même. Le surmoi est d'ailleurs lui aussi en grande partie inconscient.
Rêves, lapsus et actes manqués
L'inconscient se manifeste par des chemins détournés. Le rêve met en scène un désir sous un déguisement : il faut distinguer son contenu manifeste, ce qu'on y voit, de son contenu latent, ce qu'il signifie. Rêver qu'on repasse le bac ne parle pas forcément du bac. Le lapsus trahit une pensée cachée : dire « bonne soirée » à midi après une réunion interminable. L'acte manqué fonctionne pareil : ne pas entendre son réveil le jour d'un entretien d'embauche peut révéler qu'on n'en voulait pas vraiment.
La sublimation
Freud décrit une issue plus heureuse : la sublimation. Le mot vient de la physique, où il désigne le passage direct de l'état solide à l'état gazeux. Ici, l'énergie du désir sexuel est détournée vers un but non sexuel et valorisé par la société. L'artiste qui crée une œuvre, le chercheur qui se passionne pour une question transforment cette énergie en création.
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