HOBBES - L'homme est un loup pour l'homme
Pourquoi les hommes ont-ils créé l'État ? Pour Hobbes, c'est la peur de mourir dans la guerre de tous contre tous qui les a poussés à obéir. Cet épisode explique sa théorie.
Thomas Hobbes, philosophe anglais du XVIIe siècle, est considéré, après Machiavel, comme le fondateur de la philosophie politique moderne. Contemporain de Descartes, avec qui il s'est vivement disputé, il appartient à la tradition empiriste anglaise, attachée à l'observation des faits. Pour lui, impossible de penser l'État sans d'abord comprendre comment les hommes se comportent vraiment. Cet épisode explique sa vision de la nature humaine et la naissance de l'État telle qu'il la décrit dans le Léviathan.
Un être de désir et de prédation
Pour Hobbes, l'homme est par nature égoïste, violent et calculateur. Ce qui le fait agir, ce n'est pas sa raison mais son désir de se conserver et d'étendre sa puissance. Or ces désirs ne s'harmonisent pas : ils poussent chacun à prendre aux autres ce dont il a besoin, ressources, richesses, pouvoir. Dans l'« état de nature », sans lois ni morale, la règle est simple : tuer avant d'être tué. C'est la guerre de tous contre tous. Hobbes ne décrit pas une époque réelle de l'histoire, mais une fiction qui grossit les tendances profondes de l'être humain. La vidéo rapproche cette vision de celle de Calliclès dans le Gorgias de Platon, pour qui la loi a été inventée par les faibles afin de se protéger des forts.
« L'homme est un loup pour l'homme »
La formule n'est pas de Hobbes, on la trouve déjà dans l'Antiquité, et elle apparaît dans la préface du De Cive, pas dans le Léviathan. Hobbes y ajoute d'ailleurs que l'homme peut aussi être un dieu pour l'homme. On a parlé à son sujet de pessimisme, à l'opposé de Rousseau pour qui l'homme naît bon. Hobbes, lui, parle de réalisme, et il a un argument redoutable : celui qui pense que l'homme est bon ferme pourtant sa porte à clé, verrouille ses coffres et s'arme pour voyager. Ses actes montrent ce qu'il pense vraiment de ses semblables.
La peur, à l'origine de l'État
Comment sortir de cette guerre permanente ? Par une passion plus forte que les autres : la peur de la mort violente. Même le plus fort n'est jamais à l'abri, car les plus faibles peuvent s'allier ou s'armer. Les hommes comprennent alors que leur violence se retourne contre eux. Ils passent un pacte : chacun renonce à exercer sa force contre les autres et transfère son pouvoir à l'État, qui en échange garantit sa sécurité. Pour que ce pacte tienne, l'État doit avoir un pouvoir absolu et le monopole de la violence légitime. Comme le disait Pascal, la justice sans la force est impuissante. Le nom de Léviathan, ce monstre biblique dont il est dit que nul sur terre n'est son maître, rappelle que l'État doit inspirer la crainte.
Une guerre de tous contre tous moderne ?
La vidéo se termine par une ouverture sur aujourd'hui. Selon elle, le pouvoir ne s'appuie plus seulement sur la force, mais aussi sur la division : la politique peut monter les uns contre les autres des gens qui partagent pourtant les mêmes conditions de vie. Une nouvelle guerre de tous contre tous, celle des opinions et des étiquettes, dont il faudrait, là aussi, prendre conscience pour en sortir.
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Pour approfondir, les fiches de cours Sommes-nous faits pour vivre ensemble ? et La politique, est-ce la recherche du pouvoir ?.
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