top of page

Sommes-nous faits pour vivre ensemble ?

Personne ne survit seul, et pourtant les autres agacent, déçoivent, menacent parfois. L’être humain est-il sociable par nature ?

Sommes-nous faits pour vivre ensemble ? Il suffit d’une semaine de vacances en groupe pour en douter. On cherche la compagnie des autres, puis on rêve d’une heure de solitude. Pourtant, aucun nouveau-né ne survit sans adulte, et personne ne fabrique seul son pain, ses vêtements et son téléphone. Ce sujet de dissertation de philosophie interroge la nature de la société : est-elle naturelle à l’être humain, ou une solution imposée par la nécessité ?

L’homme est-il un animal politique ?

Pour Aristote, la réponse est oui. Au livre I de la Politique, il affirme que l’homme est par nature un animal politique, c’est-à-dire fait pour vivre dans une cité. La preuve, selon lui, est le langage. Les animaux ont une voix pour exprimer le plaisir et la douleur. L’être humain, lui, possède la parole, qui permet de discuter de l’utile et du nuisible, du juste et de l’injuste. Celui qui vit hors de toute cité est, dit Aristote, soit une bête, soit un dieu.

Vivre ensemble ne serait donc pas un simple calcul. C’est dans la communauté que l’être humain réalise ce qu’il est : un être qui parle, qui juge et qui partage des valeurs.

Autrui est-il d’abord une menace ?

Thomas Hobbes voit les choses autrement. Dans le Léviathan (1651), il imagine un « état de nature » sans lois ni pouvoir commun. Les hommes, à peu près égaux en force et en ruse, désirent les mêmes biens et se méfient les uns des autres. Il en résulte une guerre de chacun contre chacun, où la vie est brève et misérable. Hobbes invite le lecteur à vérifier par lui-même : pourquoi fermer sa porte à clé le soir, ou ses coffres chez soi, si l’on fait pleinement confiance à ses voisins ? La société ne vient pas d’un penchant naturel, mais de la peur. Elle repose sur un contrat qui confie le pouvoir à un souverain.

Jean-Jacques Rousseau, dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité (1755), conteste ce portrait. L’homme naturel, selon lui, est solitaire mais paisible. C’est la vie en société qui le rend envieux, en le poussant à se comparer aux autres. Pour Rousseau, l’être humain n’est pas méchant par nature : c’est la société, telle qu’elle s’est formée, qui le corrompt.

Peut-on vivre ensemble sans y être parfaitement adapté ?

Kant propose une synthèse originale dans l’Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique (1784). Il parle d’« insociable sociabilité » : l’être humain a besoin des autres, mais il veut aussi tout diriger selon son idée. Ce conflit n’est pas un défaut à supprimer. Kant prend l’image des arbres d’une forêt : parce qu’ils se disputent l’air et la lumière, ils poussent droit vers le haut. Isolé, un arbre pousse tordu. La rivalité entre les hommes stimule leurs talents.

Arthur Schopenhauer, dans Parerga et Paralipomena (1851), raconte la parabole des porcs-épics. Un jour d’hiver, ils se serrent pour se tenir chaud, mais se piquent. Ils s’écartent, puis ont froid. Ils finissent par trouver une distance moyenne. Pour Schopenhauer, la politesse joue ce rôle entre les humains. La vie commune ne serait donc ni une harmonie naturelle, ni une guerre permanente, mais un équilibre toujours à régler.

Ce qu’il faut retenir

  • Pour Aristote, l’homme est un animal politique : la parole le destine à la vie en cité.
  • Pour Hobbes, la société naît de la peur et d’un contrat ; pour Rousseau, c’est elle qui corrompt l’homme.
  • Kant parle d’« insociable sociabilité » : le conflit avec les autres fait progresser l’humanité.
  • La parabole des porcs-épics de Schopenhauer montre que vivre ensemble demande de trouver la bonne distance.

Aller plus loin

Le cours complet du Précepteur approfondit cette question, avec exemples et références, sur le cours complet sur le Patreon du Précepteur.

Le cours complet est sur Patreon

La version complète de ce cours vous attend sur le Patreon du Précepteur, avec toute la bibliothèque de cours, les épisodes sans publicité et les directs. Plus d'un million d'abonnés suivent déjà Le Précepteur sur YouTube. À partir de 6 € par mois, sans engagement.

bottom of page