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ALDOUS HUXLEY - Le meilleur des mondes

Une société où tout le monde est heureux et libre peut-elle être totalitaire ? Cet épisode explique le roman d'Aldous Huxley et son idée centrale : le contrôle par le plaisir plutôt que par la peur.

On cite souvent ensemble 1984 de George Orwell et Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, publié en 1932. Les deux romans d'anticipation décrivent une société totalitaire. Mais ils s'opposent sur un point essentiel. Chez Orwell, le pouvoir surveille, censure et réprime. Chez Huxley, il offre du plaisir, du bonheur et même une forme de liberté. Alors, si tout le monde est heureux, où est le problème ? Cet épisode explique ce que veut dire l'expression « totalitarisme permissif ».

Le soma, une drogue contre la révolte

Dans ce monde, Henry Ford, l'inventeur du travail à la chaîne, a remplacé Dieu : on dit « Notre Ford » comme on disait « Notre Seigneur ». La religion n'existe plus, car elle sert à consoler du malheur, et le malheur a été supprimé. Le premier outil pour y arriver, c'est le soma, une drogue sans effets secondaires que tout le monde prend après le travail ou en soirée. Avec elle, plus personne ne se pose de questions sur la justice ou l'égalité. Personne n'a envie de faire la révolution quand il se sent bien. L'épisode fait le parallèle avec certaines drogues tolérées dans nos sociétés, qui calment plus qu'elles ne libèrent.

Le conditionnement, une domination invisible

Le deuxième outil est plus profond : l'hypnopédie. Depuis leur naissance, les individus écoutent pendant leur sommeil des messages répétés en boucle qui façonnent leurs goûts et leurs croyances. Une fois conditionnés, on peut les laisser libres, puisqu'ils désirent exactement ce qu'on attend d'eux. Le secret du bonheur, explique l'administrateur Mustapha Menier, c'est d'aimer ce qu'on est obligé de faire. L'épisode rapproche ce mécanisme des méthodes d'Edward Bernays, qui a poussé les femmes à fumer et les Américains à manger des œufs au bacon sans jamais les forcer. C'est toute la différence avec 1984 : l'un contrôle les corps par la peur, l'autre contrôle les esprits par le désir.

Des castes fabriquées en laboratoire

La société est divisée en castes, des Alphas aux Epsilons. Les enfants sont produits en série dans des éprouvettes, et on rend volontairement moins intelligents ceux qui feront les tâches les plus pénibles. Ce n'est pas parce qu'ils sont inférieurs qu'on les place en bas, c'est parce qu'on a besoin de gens en bas qu'on les fabrique ainsi. Comme ils ont été conditionnés à aimer leur place, personne ne se plaint. L'épisode y voit un écho à la reproduction sociale décrite par Pierre Bourdieu, et au rôle que joue l'idée de mérite pour la rendre acceptable.

La fin de tout ce qui est humain

Dans ce monde, avoir une mère est une honte, l'amour est jugé ridicule et l'histoire n'est plus enseignée. Tout ce qui rappelle notre côté animal, la naissance, la famille, l'attachement, la passion, est rejeté. L'épisode évoque aussi le film Demolition Man, directement inspiré du roman. La devise de l'État mondial, « Communauté, Identité, Stabilité », résume ce projet : tout le monde devient identique. Huxley rappelait que la nature crée de la diversité et de l'irrégularité, alors que l'homme fabrique de l'uniforme. Au bout du compte, ce sont les « sauvages », restés en marge, qui apparaissent comme les derniers vrais humains.

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