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La liberté n'est-elle qu'une illusion ?

Vous avez le sentiment de choisir librement ce que vous faites. Mais ce sentiment suffit-il à prouver que vous êtes libre ?

La liberté n’est-elle qu’une illusion ? Ce matin, vous avez choisi un café plutôt qu’un thé, et vous auriez pu, semble-t-il, faire l’inverse. Pourtant, ce choix dépend peut-être de vos habitudes, de votre fatigue, de votre éducation. Ce sujet de dissertation de philosophie oppose deux idées fortes : le libre arbitre, c’est-à-dire le pouvoir de choisir sans y être contraint, et le déterminisme, selon lequel tout a une cause.

Le sentiment d’être libre prouve-t-il la liberté ?

Pour René Descartes, la liberté est une évidence vécue. Dans les Principes de la philosophie (1644), il affirme qu’elle se connaît sans preuve, par la seule expérience intérieure. Chacun sent qu’il peut donner ou refuser son accord, lever le bras ou le laisser au repos. Dans la quatrième des Méditations métaphysiques (1641), Descartes ajoute que la volonté est si vaste qu’elle constitue la marque de l’image de Dieu en l’homme. L’entendement est limité, mais le pouvoir de dire oui ou non ne l’est pas.

Le libre arbitre fonde aussi la responsabilité. Si personne n’est libre, à quoi bon punir, féliciter ou promettre ? La morale et le droit semblent supposer que chacun aurait pu agir autrement.

Se croire libre, est-ce ignorer les causes ?

Baruch Spinoza conteste radicalement ce point de départ. Dans l’Éthique (publiée en 1677, après sa mort), il explique que les hommes se croient libres parce qu’ils ont conscience de leurs actions et ignorent les causes qui les déterminent. Le sentiment de liberté n’est donc pas une preuve : c’est le signe d’une ignorance.

Dans une lettre de 1674 adressée à Schuller (lettre 58), Spinoza propose une image restée célèbre. Une pierre est lancée et continue son mouvement. Si cette pierre pouvait penser et avoir conscience de son effort, elle se croirait libre et penserait poursuivre sa course parce qu’elle le veut. Spinoza ajoute d’autres exemples : l’enfant qui croit désirer librement le lait, l’homme ivre qui croit parler par libre décision et regrette ensuite ses paroles.

Attention : Spinoza ne dit pas que tout est écrit d’avance et qu’il faut se résigner. Le déterminisme n’est pas le fatalisme. La vraie liberté, pour lui, consiste à agir selon la nécessité de sa propre nature, en comprenant les causes qui agissent sur soi. Mieux connaître ses passions, c’est moins les subir.

La liberté est-elle à conquérir plutôt qu’à constater ?

Jean-Paul Sartre renverse la perspective. Dans L’existentialisme est un humanisme (1946), il soutient que l’existence précède l’essence : aucune nature fixe ne décide à l’avance de ce que sera un individu. Il ajoute que « l’homme est condamné à être libre ». Même ne pas choisir, c’est encore choisir. Dans L’Être et le Néant (1943), il appelle « mauvaise foi » l’attitude qui consiste à invoquer son caractère ou les circonstances pour fuir cette responsabilité.

Spinoza et Sartre s’opposent sur le libre arbitre, mais ils se rejoignent sur un point : la liberté n’est pas un état donné, qu’il suffirait de constater. C’est un travail, par la connaissance des causes chez l’un, par l’engagement dans des actes chez l’autre.

Ce qu’il faut retenir

  • Pour Descartes, le libre arbitre est une évidence de l’expérience intérieure.
  • Pour Spinoza, se croire libre revient à ignorer les causes : c’est l’image de la pierre dans la lettre à Schuller.
  • Le déterminisme n’est pas le fatalisme : comprendre les causes permet de moins subir.
  • Pour Sartre, l’homme est « condamné à être libre » et responsable de ce qu’il fait de sa situation.

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