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La technique est-elle un progrès ?

Le smartphone vous relie au monde entier, et vous empêche parfois de dormir. La technique libère-t-elle l’homme, ou crée-t-elle de nouvelles dépendances ?

La technique est-elle un progrès ? La question semble avoir une réponse évidente. Grâce à elle, on vit plus longtemps, on soigne des maladies autrefois mortelles, on traverse l’océan en quelques heures. Mais la même technique a produit la bombe atomique, la pollution des sols et des écrans qui retiennent l’attention des heures durant. La philosophie invite à distinguer deux choses : le progrès technique, qui est un fait, et le progrès humain, qui reste une question.

La technique fait-elle partie de la nature humaine ?

Dans le Protagoras, Platon rapporte le mythe de Prométhée. Épiméthée, chargé de distribuer les qualités aux animaux, donne aux uns la vitesse, aux autres la fourrure ou les griffes, et oublie l’homme. Pour réparer cet oubli, Prométhée vole aux dieux le feu et le savoir technique. Nu et sans défense, l’homme doit donc sa survie à la technique. Elle n’est pas un luxe : elle compense une faiblesse d’origine.

Henri Bergson, dans L’Évolution créatrice (1907), propose d’ailleurs de définir l’homme comme homo faber plutôt que comme homo sapiens : l’intelligence humaine serait d’abord la capacité de fabriquer des outils.

Devenir maîtres et possesseurs de la nature ?

À l’époque moderne, la technique devient un projet. Francis Bacon, dans le Novum Organum (1620), lie savoir et pouvoir : connaître la nature permet de la commander. Descartes, dans la sixième partie du Discours de la méthode (1637), espère que la science pourra « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». Il pense surtout à la médecine et à la conservation de la santé. Sur ce point, le programme a largement tenu ses promesses : l’espérance de vie a fortement augmenté depuis le XVIIIe siècle.

Le progrès technique rend-il meilleur ?

Rousseau, dans le Discours sur les sciences et les arts (1750), répond non à la question posée par l’Académie de Dijon : le progrès des sciences et des arts n’a pas, selon lui, rendu les mœurs plus pures. Une société peut devenir plus savante et plus habile sans devenir plus juste ni plus heureuse.

Platon avait déjà exprimé un doute voisin dans le Phèdre, à propos de l’écriture : cette invention, censée aider la mémoire, risquait selon lui de l’affaiblir, chacun se reposant sur des signes extérieurs. Le même soupçon revient aujourd’hui à propos des moteurs de recherche ou du GPS.

Faut-il fixer des limites à la technique ?

Au XXe siècle, la réflexion devient plus inquiète. Martin Heidegger, dans sa conférence « La question de la technique » (1953), soutient que la technique moderne n’est pas un simple outil : elle impose une façon de voir le monde, où tout devient une ressource à exploiter. Un fleuve n’est plus un paysage, mais une réserve d’énergie pour une centrale.

Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité (1979), part d’un constat : pour la première fois, l’humanité a les moyens de détruire les conditions de sa propre existence. Il en tire une nouvelle exigence morale : agir de façon à préserver la possibilité d’une vie authentiquement humaine sur Terre, y compris pour les générations futures. Face à l’incertitude, il recommande de prendre au sérieux les scénarios les plus graves.

Ce qu'il faut retenir

  • Pour Platon (mythe de Prométhée), la technique compense la faiblesse naturelle de l’homme.
  • Bacon et Descartes en font un projet de maîtrise de la nature au service de l’humanité.
  • Rousseau distingue le progrès des savoirs et le progrès moral.
  • Heidegger et Jonas invitent à penser les effets de la technique et la responsabilité qu’elle impose.

Aller plus loin

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