KANT - Penser par soi-même
Tout le monde croit penser par soi-même. Mais est-ce vraiment le cas ? À partir du texte de Kant « Qu'est-ce que les Lumières ? », cet épisode passe en revue les pièges qui poussent à penser par procuration.
Personne ne se dit : « Moi, je laisse les autres penser à ma place. » Et pourtant, on connaît tous des gens qui répètent ce qu'ils ont entendu à la télé ou qui sont d'accord avec le dernier qui a parlé. Et rien ne garantit qu'on n'en fait pas partie. Pour savoir ce que veut dire penser par soi-même, cet épisode s'appuie sur le texte de Kant Qu'est-ce que les Lumières ?, publié en 1784. Pour Kant, les Lumières sont le moment où l'humanité sort de « l'état de tutelle » et devient enfin majeure.
Penser par soi-même n'est pas penser à partir de rien
Certains disent que penser par soi-même ne veut rien dire, puisque toutes nos idées viennent des autres : nos lectures, notre éducation, notre vécu. C'est vrai, mais c'est confondre deux choses. L'épisode prend l'exemple de la cuisine. On n'a pas fabriqué la farine ni pondu les œufs, et pourtant on fait bien à manger soi-même. Penser par soi-même, c'est cuisiner avec des ingrédients reçus. Ne pas penser par soi-même, c'est manger un plat tout prêt. Pour Kant, ce qui fait la différence, c'est l'usage de sa propre raison, autrement dit l'esprit critique.
Les biais qui pensent à notre place
Le problème, c'est que tout le monde croit raisonner de façon rationnelle. Or notre raison est toujours influencée par nos émotions et notre milieu, souvent sans qu'on s'en rende compte. L'épisode présente trois biais cognitifs. Le biais de conformité, illustré par l'expérience de Solomon Asch : face à un groupe qui donne une mauvaise réponse, beaucoup finissent par la répéter. L'effet de simple exposition : à force de lire le même journal ou de suivre les suggestions d'un algorithme, on finit enfermé dans une « bulle de filtre », comme l'explique Eli Pariser. Et enfin le biais d'autorité.
Toutes les autorités, pas seulement la religion
Kant écrit que si un livre, un directeur de conscience ou un médecin pense à notre place, on n'a plus besoin de faire d'effort. Il ne parle pas seulement de religion. Croire un expert ou une étude sans chercher à comprendre pourquoi ils ont raison, c'est encore penser par procuration. Avoir raison sans savoir pourquoi, ce n'est pas vraiment avoir raison. L'épisode évoque aussi le « syndrome du fan » : être d'accord avec tout ce que dit quelqu'un qu'on admire, simplement parce que c'est lui qui le dit, comme cet enfant de L'École des fans qui répétait les opinions politiques de son père.
Le courage de se tromper
Pour Kant, si l'on reste sous tutelle, c'est par paresse et par lâcheté. Un enfant qu'on empêche de se tromper n'apprendra jamais à marcher seul. Sa devise des Lumières est simple : « Aie le courage de te servir de ton propre entendement. » L'épisode se termine sur la peur de perdre nos certitudes, qui sont comme un vêtement devenu une seconde peau. Penser par soi-même, c'est accepter de les remettre en question.
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