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Croyance et connaissance

Vous croyez que votre train partira à l’heure, vous savez que 7 × 8 = 56. Entre croire et savoir, tout se joue souvent sur une seule chose : la justification.

Croyance et connaissance : en philosophie, la différence entre croire et savoir semble simple, et pourtant elle résiste. Vous croyez que votre train partira à 8 h 12, parce que c’est écrit sur l’application. Vous savez que 7 × 8 = 56. Dans le premier cas, une grève peut vous donner tort. Dans le second, rien ne le peut. Mais une bonne partie de ce que chacun tient pour vrai, en histoire, en géographie ou en science, repose sur la confiance accordée à d’autres. Où s’arrête la croyance, où commence le savoir ?

Qu’est-ce que croire ?

Croire, c’est tenir quelque chose pour vrai. Le mot couvre des situations très différentes : penser qu’il va pleuvoir sans en être sûr, avoir foi en Dieu, faire confiance à un ami.

Platon distingue nettement l’opinion (doxa) de la science (epistèmè). Dans le Ménon, il compare les opinions vraies aux statues de Dédale, qui s’enfuient si on ne les attache pas. Une opinion peut être juste par hasard. Elle devient un savoir quand un raisonnement l’attache, en donnant la raison pour laquelle elle est vraie.

Comment passer de la croyance à la connaissance ?

Dans le Théétète, Platon examine une définition restée célèbre : la connaissance serait une opinion vraie accompagnée d’une explication (logos). Le dialogue se termine pourtant sans conclusion définitive. L’idée a longtemps servi de référence : savoir, ce serait croire quelque chose de vrai, avec de bonnes raisons de le croire.

Descartes, dans le Discours de la méthode (1637), se fixe une règle stricte : ne rien tenir pour vrai qui ne soit évident. Il décide de douter de tout ce qui peut l’être, pour ne garder que ce qui résiste au doute. Le doute n’est pas ici une fin, mais un filtre.

En 1963, le philosophe américain Edmund Gettier publie un article de trois pages qui ébranle la définition classique. Il imagine des cas où une personne a une croyance vraie et justifiée, mais vraie par chance. Bertrand Russell avait déjà donné un exemple proche : vous regardez une horloge arrêtée qui indique 15 h, et il est justement 15 h. Votre croyance est vraie et justifiée. S’agit-il pour autant d’un savoir ?

Faut-il se méfier de toute croyance ?

David Hume, dans l’Enquête sur l’entendement humain (1748), conseille au sage de proportionner sa croyance aux preuves dont il dispose. Gaston Bachelard, dans La Formation de l’esprit scientifique (1938), est plus sévère : « L’opinion pense mal ; elle ne pense pas. » Pour lui, la science se construit contre les évidences du sens commun.

Mais toute croyance n’est pas une faute. Kant, dans la préface de la seconde édition de la Critique de la raison pure (1787), explique qu’il a dû limiter le savoir pour laisser une place à la foi. Dieu, l’âme ou la liberté ne peuvent être ni prouvés ni réfutés par la raison théorique. Y croire n’est donc pas contraire à la raison, à condition de ne pas confondre cette croyance avec une connaissance.

Ce qu'il faut retenir

  • Croire, c’est tenir pour vrai ; savoir, c’est tenir pour vrai avec une justification solide.
  • Platon oppose l’opinion à la science : une opinion vraie devient savoir quand la raison l’« attache ».
  • Gettier montre qu’une croyance vraie et justifiée ne suffit pas toujours à faire un savoir.
  • Bachelard oppose science et opinion ; Kant laisse une place légitime à la croyance là où le savoir s’arrête.

Aller plus loin

Cette fiche n’en donne qu’un aperçu. Pour approfondir la frontière entre croire et savoir, avec exemples et références, regardez le cours complet sur le Patreon du Précepteur.

Sur le site, l’épisode Socrate : la maïeutique, l’art d’accoucher les esprits montre comment Socrate traque les faux savoirs, l’épisode Pascal : le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point interroge la place de la foi, et l’épisode Edward Bernays : comment manipuler l’opinion en démocratie montre comment les opinions se fabriquent. À voir aussi, les cours Peut-on dire : « Chacun sa vérité » ? et Raison et expérience.

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