top of page

KARL POPPER - Le paradoxe de la tolérance

Faut-il tolérer les intolérants ? Le paradoxe de la tolérance de Karl Popper est souvent cité, rarement lu en entier. Ce qu'il dit vraiment, et ce qu'il ne dit pas.

Karl Popper est un philosophe autrichien du XXe siècle, connu pour son critère de réfutabilité en philosophie des sciences. Il est aussi l'auteur d'un livre politique majeur, « La Société ouverte et ses ennemis », écrit pendant la Seconde Guerre mondiale en Nouvelle-Zélande, où il s'était réfugié après avoir quitté l'Autriche. C'est dans une simple note de bas de page de ce livre qu'apparaît le célèbre paradoxe de la tolérance. Cet épisode propose de le restituer en entier, parce qu'il circule souvent dans une version tronquée qui lui fait dire autre chose.

Société ouverte et société fermée

Reprenant une distinction de Bergson, Popper oppose deux modèles. La société ouverte, née selon lui avec la démocratie athénienne, est démocratique, libérale, tournée vers l'individu, la raison et le changement. La société fermée, dont Platon serait le précurseur, est autoritaire, hiérarchisée, centrée sur le collectif et la tradition. Popper range dans cette seconde catégorie aussi bien le nazisme que le communisme soviétique : leurs intentions diffèrent, mais leurs structures se ressemblent, avec la même croyance dans un destin historique qui justifie la violence.

Le paradoxe et ses deux lectures

Le paradoxe tient en une idée : si une société tolère tout, y compris ceux qui veulent détruire la tolérance, elle risque de disparaître. Face à ce problème, il existe deux grandes positions. La première, celle d'une tolérance sans limite, est associée à la formule attribuée à Voltaire, ou à Noam Chomsky défendant la liberté d'expression d'un négationniste au nom du principe. Son défaut : le système peut se retourner contre lui-même, comme une maladie auto-immune. La seconde, résumée par Saint-Just (« pas de liberté pour les ennemis de la liberté »), limite la tolérance. Son défaut : qui décide de ce qui est intolérant ?

Le piège du procès d'intention

L'épisode insiste sur ce second danger. Avec une définition trop large de l'intolérance, on finit par interdire de simples désaccords, ou par juger les gens sur leurs arrière-pensées supposées plutôt que sur leurs paroles et leurs actes, comme dans les procès de Moscou. Critiquer une religion n'est pas attaquer les croyants : respecter quelqu'un, c'est respecter son droit d'avoir une croyance, pas la croyance elle-même. Tolérer veut d'ailleurs dire supporter. La limite fixée par la loi, c'est la nuisance à autrui : l'insulte, la diffamation, les propos discriminatoires ne sont pas des opinions comme les autres.

Ce que dit vraiment Popper

Le passage complet, lu à la fin de la vidéo, change la perspective. Popper ne demande pas d'interdire les idées intolérantes tant qu'on peut leur répondre par des arguments et que l'opinion publique les tient en échec. Ce qu'il vise, c'est le refus du débat rationnel et l'appel à la violence ou à la persécution. Le critère, c'est la rationalité. Une société ouverte laisse s'exprimer ses adversaires pour mieux les critiquer, sans les diaboliser. L'épisode cite au passage un épisode satirique de « South Park » sur les dérives d'un combat pour la tolérance mené avec des méthodes intolérantes.

Pour découvrir les grands philosophes simplement : La philosophie, c'est pour vous aussi ! (★ 4,8/5 sur Amazon, 206 avis)

Pour approfondir, les fiches de cours Faut-il respecter toutes les opinions ? et Introduction au principe de réfutabilité chez Karl Popper.

En tant que Partenaire Amazon, Le Précepteur réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Allez plus loin sur Patreon

Des épisodes sans publicité et en avant-première, des contenus exclusifs et plus de 800 publications à explorer. À partir de 6 € par mois, sans engagement.

bottom of page