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La Boétie : le discours de la servitude volontaire

Pourquoi des millions de personnes obéissent-elles à un seul ? Pour La Boétie, la servitude est consentie, et la liberté commence par cesser de servir.

Étienne de La Boétie (1530-1563) est un humaniste français, connu pour un texte bref et percutant : le Discours de la servitude volontaire. Il l'écrit très jeune, vers 16 ou 18 ans selon Montaigne, et le texte ne sera publié qu'après sa mort. C'est d'ailleurs ce discours qui donna à Montaigne l'envie de rencontrer son auteur, et fit naître leur célèbre amitié. La Boétie mourra à 32 ans.

Une question qui dérange

On lit souvent ce texte comme une simple dénonciation de la tyrannie. C'est passer à côté de son originalité. La Boétie ne s'adresse pas au tyran, mais au peuple. Sa question est simple : comment un seul homme peut-il dominer des millions de gens ? Sa réponse dérange : parce qu'ils y consentent. La servitude n'est pas seulement subie, elle est en partie voulue.

Ce qui dépend de nous

On retrouve ici une idée proche des stoïciens. Il ne dépend pas de nous que le pouvoir veuille dominer. Mais il dépend de nous de lui obéir ou non. Reprocher au tyran d'être un tyran ne change rien à la situation. Considérer les peuples comme de simples victimes sans aucune prise sur leur sort, c'est même leur retirer leur capacité d'agir.

Pourquoi on accepte de servir

Pour La Boétie, la première cause de la servitude est l'habitude. Les êtres humains sont faits pour la liberté, mais ceux qui naissent dans la servitude finissent par la trouver normale. La peur ne suffit pas à l'expliquer : un seul homme ne peut pas terroriser tout un peuple. Le pouvoir s'appuie aussi sur le divertissement. Théâtres, jeux, spectacles et gladiateurs étaient, écrit-il, les appâts de la servitude chez les peuples anciens. Enfin, le tyran tient grâce à une chaîne de complices, qui profitent de son pouvoir et le relaient.

Soyez résolus de ne servir plus

La solution proposée est étonnamment simple. Il n'est pas besoin de combattre le tyran ni de l'abattre : il suffit de ne plus rien lui donner. Comme un feu qu'on cesse d'alimenter, comme une branche privée de sève, le pouvoir s'éteint de lui-même quand on cesse de le nourrir. D'où la formule célèbre : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. » Le pouvoir a plus besoin de ceux qu'il domine que l'inverse, une idée que Hegel développera à sa manière avec la dialectique du maître et de l'esclave.

Un texte toujours actuel

La Boétie montre que la domination repose sur une force que les dominés eux-mêmes fournissent : ce sont leurs bras, leurs yeux, leur travail qui font la puissance du maître. Son discours a inspiré de nombreux penseurs de la désobéissance civile et des courants libertaires. Il invite moins à se révolter qu'à reprendre conscience de son propre pouvoir : celui de dire non.

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