ORWELL - La novlangue
Dans « 1984 », Orwell imagine une langue conçue pour rendre impossibles certaines pensées. Cet épisode explique comment la novlangue fonctionne et pourquoi les mots sont un outil de domination.
Le mot « novlangue » revient souvent aujourd'hui pour critiquer un certain jargon politique ou médiatique. Il a été inventé par George Orwell dans « 1984 », roman écrit en 1948 (la date du titre inverse les deux derniers chiffres). La novlangue est une langue transformée pour empêcher de formuler, et donc de concevoir, certaines idées. Son point de départ est simple : on pense avec des mots, donc appauvrir la langue, c'est appauvrir la pensée.
Contrôler les esprits plutôt que les corps
L'épisode rappelle qu'un régime totalitaire, au sens moderne, ne se contente pas de contraindre les corps : il veut contrôler les pensées. Une menace physique se voit, alors qu'une manipulation réussie ne se remarque pas, ou seulement après coup. La vidéo fait le lien avec l'épisode sur Edward Bernays et avec Wittgenstein, pour qui les limites du langage sont les limites de notre monde. Le héros du roman, Winston Smith, travaille au ministère de la Vérité, où il réécrit les archives pour qu'elles collent à la ligne du Parti. Il sait qu'il ment, et cette conscience le met en danger face à la police de la pensée.
Premier principe : réduire le vocabulaire
La novlangue supprime les mots jugés inutiles. « Excellent » disparaît, remplacé par « plusbon » ou « doubleplusbon », et « mauvais » devient « inbon ». Les nuances passent par des préfixes mécaniques. La vidéo rappelle qu'on utilise en moyenne environ 5 000 mots, et que quelques centaines suffisent pour la vie pratique. Mais sans vocabulaire riche, on ne peut pas aller vers l'abstraction, et des notions comme le pouvoir, l'État ou la liberté ne sont pas des objets concrets. Dans « 1984 », le mot « libre » ne veut plus dire que « inoccupé », comme dans « la voie est libre ». Sans concept de liberté, l'esclavage ne pose plus aucun problème. C'est une prison sans clé : pour voir la pauvreté de sa langue comme un problème, il faudrait déjà posséder les mots pour le dire.
Second principe : la double pensée
La double pensée consiste à tenir pour vraies deux idées contradictoires en même temps, comme dans les slogans du Parti : « La guerre, c'est la paix », « L'ignorance, c'est la force ». Si la contradiction n'existe plus, le vrai et le faux n'existent plus non plus. Le pouvoir peut alors affirmer une chose puis son contraire sans perdre la confiance de la population. Et celui qui accepte qu'une cause soit aussi juste que la cause opposée n'a plus aucune raison de se battre pour l'une d'elles.
Une domination qui se fait oublier
Après la lecture d'un extrait de l'appendice du roman, l'épisode conclut avec La Boétie : les tyrans ne sont grands que parce qu'on est à genoux. Le langage fait partie de ce conditionnement, parce qu'il donne l'impression de choisir quand on obéit. Si Winston désobéit, c'est grâce à quelque chose en lui de plus fort que les mots.
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Pour approfondir, les fiches de cours Les mots nous éloignent-ils des choses ? et La liberté n'est-elle qu'une illusion ?.
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