ROUSSEAU - L'homme est bon par nature
L'homme naît-il bon, puis la société le corrompt-elle ? Cet épisode explique la critique du progrès et de la civilisation que Rousseau développe dans son premier Discours.
Rousseau est un philosophe du XVIIIe siècle, rattaché au mouvement des Lumières, et pourtant il en est l'un des critiques les plus féroces. Il défend un régime fondé sur la volonté du peuple, une idée très progressiste pour l'époque, mais il se méfie de la modernité, de l'idéologie du progrès et de l'optimisme d'un Voltaire, avec qui il était en conflit ouvert. Cet épisode s'appuie sur un texte assez court, le Discours sur les sciences et les arts, écrit en 1750 pour un concours de l'Académie de Dijon.
Un penseur à contre-courant
Rousseau a la nostalgie des valeurs antiques : le courage, la vertu, l'héroïsme. Il reproche à la modernité de favoriser l'égoïsme, l'hypocrisie et le règne de l'image. Sa hantise, c'est d'être un homme de son temps, qui pense comme tout le monde. Dans la préface du Discours, il dit ne pas chercher à plaire aux beaux esprits ni aux gens à la mode. La vidéo y voit une autre façon d'être progressiste, sans rejeter l'héritage du passé.
Rousseau contre Hobbes
Comme Hobbes, Rousseau est un théoricien du contrat social : les hommes s'associent et confient une part de leur liberté à l'État en échange de leur sécurité. Mais les deux partent d'une vision opposée de la nature humaine. Pour Hobbes, l'homme est un loup pour l'homme. Pour Rousseau, l'homme à l'état de nature est bon, ou plus exactement innocent : il ne cherche pas à nuire, il veut seulement survivre. Il est capable d'une compassion naturelle, que la vidéo rapproche des neurones miroirs.
Le progrès des connaissances, un recul moral ?
La thèse du Discours choque ses contemporains : le progrès des sciences et des arts s'est accompagné d'une dégradation des mœurs. Selon Rousseau, les sciences et les arts couvrent de guirlandes de fleurs les chaînes des hommes et leur font aimer leur esclavage. Le confort ramollit. L'homme à l'état de nature doit être courageux pour survivre face aux prédateurs et aux intempéries. Dans la société, au contraire, le plus vertueux peut être écrasé par les intrigues de ceux qui ont le meilleur statut. Remplacer le combat physique par la calomnie et les procès, est-ce vraiment un progrès ?
Amour de soi et amour-propre
Rousseau distingue l'amour de soi, l'attachement naturel à sa propre vie, de l'amour-propre, ce besoin de se comparer et de passer devant les autres, né de la vie en société. La politesse elle-même n'est pour lui qu'un vernis : on garde les formes de la bienveillance sans le sentiment. La vraie vertu n'a pas besoin de s'afficher. La vidéo trouve cette critique très actuelle, des réseaux sociaux aux relations entre collègues. Elle rappelle enfin, avec Montaigne, que « sauvage » ne veut pas dire bestial : comme un fruit sauvage, c'est ce qui a poussé sans être déformé par la main de l'homme.
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