Sartre : l'amour, vouloir posséder une liberté
Pour Sartre, aimer, c'est vouloir posséder l'autre tout en voulant qu'il reste libre. Le paradoxe de l'amour, entre théorie et couple Sartre-Beauvoir.
Jean-Paul Sartre est le grand représentant de l'existentialisme athée, une philosophie qui place la liberté au centre de tout. Pour comprendre sa conception de l'amour, il faut partir de là. Aimer, chez lui, pose une question : que fait-on de la liberté de l'autre ? Cet épisode part de sa vie amoureuse pour arriver à sa philosophie.
Amour nécessaire, amours contingentes
Sartre et Simone de Beauvoir forment un couple sans exclusivité. Leur pacte : ne rien s'interdire, mais tout se dire. Sartre distingue leur amour « nécessaire » des amours « contingentes », vécues à côté. Sur le papier, c'est un modèle de liberté et de sincérité. Dans les faits, les témoignages de plusieurs proches et les lettres publiées montrent que le pacte a produit beaucoup de jalousie, de mensonges et de souffrance. L'idéal n'a pas tenu ses promesses. Mais la vraie question est ailleurs : pourquoi Sartre rejetait-il l'amour traditionnel ?
Aimer, c'est vouloir être aimé
Aimer quelqu'un, c'est vouloir s'unir à lui, physiquement et socialement. En couple, on finit par dire « on a quelque chose de prévu » comme si deux personnes n'en faisaient plus qu'une. Mais surtout, aimer, c'est vouloir être aimé en retour. Dans Cyrano de Bergerac, le héros se tait par peur d'être rejeté. Et dès que la réciprocité est là, les attentes commencent : des preuves, des messages, de l'attention.
Le désir de posséder
On ne peut pas entrer dans la conscience de l'autre. On ne sait jamais exactement ce qu'il ressent. D'où la fameuse question « à quoi tu penses ? » et l'envie de vérifier ses sentiments. Un inconnu peut faire ce qu'il veut, cela nous est égal. La personne aimée, non. Plus on aime, plus on attend, et plus la déception peut être forte. C'est en ce sens que l'amour est un désir de possession.
Mais une liberté, pas un objet
Voilà le paradoxe. Dans L'Être et le Néant (1943), Sartre explique que l'amant veut posséder l'autre, mais pas comme une chose. Si un philtre rendait l'autre amoureux, comme Tristan et Iseult, cet amour perdrait sa valeur. Un amour sur commande n'intéresse personne. Ce qui rend l'amour de l'autre si précieux, c'est qu'il aurait pu ne pas exister. L'amant veut posséder une liberté en tant que liberté.
Le serment ne suffit pas
Sartre prend l'exemple de l'engagement. Qui voudrait être aimé seulement parce que l'autre l'a promis un jour à la mairie ? On peut promettre d'être fidèle, pas promettre de ressentir. Un sentiment ne se décrète pas. L'amant veut à la fois que l'autre soit captivé par lui et qu'il reste libre de l'être.
Un paradoxe à accepter
L'amour est donc à la fois désir de posséder et désir que l'autre reste indépendant. Si l'autre devient entièrement soumis à nos attentes, il cesse d'être une personne et l'amour s'éteint. Comprendre ce paradoxe, c'est cesser de rendre l'autre responsable des attentes qu'on a placées sur lui.
Pour découvrir les grands philosophes de façon simple : La philosophie, c'est pour vous aussi ! (★ 4,8/5 sur Amazon, 206 avis)
Pour approfondir, les fiches de cours Qu'est-ce que l'existentialisme ? et Désir et bonheur.
En tant que Partenaire Amazon, Le Précepteur réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
