Schopenhauer : l'origine de notre souffrance
Pourquoi souffrons-nous ? Parce que nous sommes limités et conscients de l'être. Une réflexion sur la finitude et le désir, en partant de Schopenhauer.
Pour Schopenhauer, la vie n'est qu'une suite de souffrances, et plus on en prend conscience, plus on souffre. On peut balayer cette vision en la mettant sur le compte d'un tempérament sombre. On peut aussi chercher ce qu'elle a de juste. C'est le pari de cet épisode, qui part d'une idée simple : nous sommes des êtres limités.
Des êtres limités dans l'espace et le temps
Tout ce qui existe dans le monde physique occupe un certain espace et dure un certain temps. Un objet ne peut pas être à deux endroits à la fois, il a un début et une fin. C'est ce qu'on appelle la finitude. L'être humain n'y échappe pas : il naît, vit, puis meurt. Et contrairement aux objets, il en a conscience.
La conscience fait souffrir
Sans conscience, pas de souffrance psychologique : c'est un peu le sens qu'on peut donner à la formule de l'Évangile, « Heureux les pauvres en esprit ». L'idée de la mort angoisse, au point que Freud y voyait l'une des origines de la religion. La finitude dans l'espace se vit aussi au quotidien : l'envie d'être ailleurs, de quitter un repas de famille qui s'éternise ou un travail pénible. Toute l'histoire humaine, de la médecine aux moyens de transport, peut se lire comme une lutte contre ces limites.
L'homme est projet
Sartre écrit que l'homme est d'abord un projet : il se jette en avant, vers ce qu'il n'est pas encore. Il ne se satisfait jamais de sa situation présente. Cette tension prend la forme du désir, une force qui nous pousse vers un objet pour nous l'approprier. On rattache souvent le mot désir au latin desiderare, formé sur sidus, l'astre : regretter une étoile disparue. L'image dit bien que le désir est toujours le signe d'un manque.
La moitié manquante
Dans le Banquet de Platon, Aristophane raconte le mythe des androgynes : des êtres complets, à quatre bras et quatre jambes, si puissants qu'ils défièrent les dieux. Zeus les coupa en deux, et depuis, chacun cherche sa moitié perdue. Le désir est cette recherche de ce qui nous complète. Et si l'on peut toujours s'améliorer, c'est qu'on n'est jamais complet : notre capacité à progresser est aussi la marque de nos limites.
Ce que voulait dire Schopenhauer
La volonté, cette force aveugle qui anime le monde selon Schopenhauer, s'exprime en chacun de nous comme un manque. Prendre conscience de ce désir sans fin, c'est s'exposer à souffrir. D'où le besoin de se divertir, comme le disait Pascal : un roi sans divertissement est un homme plein de misères. Mais ce même désir est aussi le signe que nous sommes vivants, et le moteur de tout ce que nous entreprenons.
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