SIMONE WEIL - Pourquoi il faut supprimer les partis politiques
On voit les partis comme des garants de la démocratie. Pour Simone Weil, ils portent au contraire « le germe du totalitarisme ». Cet épisode explique pourquoi elle voulait les supprimer.
Simone Weil, philosophe née en 1909, ne doit pas être confondue avec Simone Veil, la femme politique. D'autant que la philosophe n'aimait pas du tout les partis politiques : dans un court texte publié en 1950, Note sur la suppression générale des partis politiques, elle réclame tout simplement leur disparition. Selon elle, ils portent en eux le germe du totalitarisme. L'idée surprend, car on présente d'habitude les partis comme des garanties du pluralisme. Cet épisode explique son raisonnement.
Une philosophe engagée
Morte à 34 ans, Simone Weil a eu une vie très remplie : professeure à 22 ans, elle s'engage dans l'action syndicale, participe aux grèves de 1936, part sur le front espagnol puis rejoint la Résistance. Elle se tourne vers le christianisme, qu'elle voit comme la religion des esclaves. Influencée par Descartes, Platon et Marx, elle pense que la philosophie doit aussi servir à transformer le monde.
La ligne du parti contre la pensée
Un parti politique réunit des personnes qui partagent les mêmes idées pour accéder au pouvoir. Pour Simone Weil, le problème ne vient pas de tel ou tel parti, mais du système des partis lui-même. Premier problème, l'homogénéité des idées : exprimer un désaccord avec la ligne du parti, c'est risquer de l'affaiblir. On parle alors de dissidence ou de scission. Dire « en tant que socialiste, je pense que… », c'est adhérer à une idée parce qu'elle appartient à son camp, et non parce qu'on la juge vraie. Le militant qui diverge doit choisir entre trahir son parti ou se trahir lui-même. Pour Simone Weil, cette situation installe le mensonge au cœur de l'âme.
Le pouvoir devient une fin
Second problème, la recherche du pouvoir. Pour gagner, un parti doit grossir sans cesse : il n'a jamais assez d'adhérents ni d'électeurs. Simone Weil parle d'un renversement entre la fin et les moyens. Le parti n'est plus un moyen au service du bien commun, il devient sa propre fin. Tout ce qui le fait grandir devient alors bon, y compris le mensonge. Son but n'est plus d'avoir raison, mais de convaincre qu'il a raison. D'où sa célèbre formule : les partis sont des organismes « constitués de manière à tuer dans les âmes le sens de la vérité et de la justice ».
Platon, Rousseau et les passions collectives
Derrière cette critique, il y a une conception du bien héritée de Platon : le bien, c'est d'abord la vérité et la justice, et seulement ensuite l'utilité publique. L'épisode y voit la morale des principes de Kant contre la morale des résultats, et Socrate contre les sophistes. Simone Weil s'appuie aussi sur Rousseau : la volonté générale n'est pas la volonté de la majorité, mais celle du peuple uni par l'intérêt commun. Or la raison rassemble, alors que les passions divisent. En s'adressant chacun à un électorat et à ses intérêts, les partis fabriquent de la passion collective, qui empêche d'entendre la voix de la justice.
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Pour approfondir, les fiches de cours La politique, est-ce la recherche du pouvoir ? et Faut-il respecter toutes les opinions ?.
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