Socrate : la maïeutique, l'art d'accoucher les esprits
Socrate n'a rien écrit : il posait des questions. La maïeutique, ou comment faire découvrir la vérité à quelqu'un plutôt que la lui imposer.
Socrate, philosophe athénien du Ve siècle avant Jésus-Christ, occupe une place si importante qu'on appelle « présocratiques » les penseurs qui l'ont précédé, comme Thalès, Pythagore ou Parménide. Il n'a pourtant jamais rien écrit. Ce qu'on sait de lui vient surtout de son disciple Platon, qui le met en scène dans ses dialogues. Cet épisode présente sa méthode : la maïeutique.
Un procès et une provocation
En 399 avant Jésus-Christ, à 70 ans, Socrate est accusé d'impiété, d'introduire de nouvelles divinités et de corrompre la jeunesse. Il évoque souvent son « daimon », une voix divine intérieure qui le retient d'agir. Selon l'Apologie de Socrate de Platon, il propose, comme peine, d'être nourri au Prytanée, un honneur réservé aux bienfaiteurs de la cité et aux vainqueurs olympiques. Les juges le condamnent à mort. Il refuse de s'évader et boit la ciguë. Par sa mort, il devient le symbole du philosophe fidèle à ses idées.
Penser à deux plutôt que seul
Socrate discute sur l'agora avec ses concitoyens. Pour lui, un livre fige la pensée, alors que le dialogue la garde vivante. Seul, on tourne facilement en rond dans ses croyances. Un interlocuteur oblige à préciser, à vérifier, à corriger. L'épisode prend l'image d'un dé : on n'en voit jamais que trois faces à la fois. Il faut d'autres regards pour compléter le sien. Cela ne veut pas dire que chacun a « sa » vérité : pour Socrate et Platon, la vérité est la même pour tous, ce sont les points de vue qui diffèrent.
Accoucher les esprits
Le mot maïeutique vient du grec maia, la sage-femme. Dans le Théétète de Platon, Socrate rappelle que sa mère, Phénarète, était sage-femme, et se présente comme un accoucheur d'esprits. La sage-femme ne fabrique pas l'enfant : elle l'aide à sortir. De même, Socrate n'impose aucun savoir. Il pose des questions qui permettent à l'autre de trouver lui-même la réponse. Une idée formulée à voix haute peut enfin être examinée, parfois pour la première fois.
Savoir qu'on ne sait pas
Le dialogue ne marche qu'avec quelqu'un de bonne foi. Face à celui qui ne veut pas changer d'avis, il ne produit que de l'agacement. Car on tient à ses croyances : elles font partie de l'image qu'on a de soi. Socrate, lui, affirme qu'il ne croit pas savoir ce qu'il ne sait pas. C'est ce qui le distingue de ceux qui se croient savants, et c'est le point de départ de toute recherche.
La connaissance comme réminiscence
Dans le Ménon, Platon montre Socrate questionnant un jeune esclave qui n'a jamais appris la géométrie. À force de bonnes questions, l'esclave trouve comment doubler la surface d'un carré. Pour Platon, cela prouve que l'âme possède déjà la vérité, qu'elle a contemplée avant de naître puis oubliée. Apprendre, c'est se souvenir. D'où ce sentiment d'évidence face à une démonstration claire : comme si on l'avait toujours su. La formule « Connais-toi toi-même », gravée au temple de Delphes et reprise par Socrate, prend ici tout son sens.
Penser contre soi
L'erreur n'est pas un problème : rester dedans en est un. La contradiction fait progresser, un peu comme un muscle se renforce en étant sollicité. Faute d'interlocuteur, on peut pratiquer la maïeutique avec soi-même, en se faisant l'avocat du diable de ses propres certitudes.
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Pour approfondir, les fiches de cours Histoire de la philosophie : Partie 1 - L'Antiquité et Croyance et connaissance.
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