Spinoza : le déterminisme n'est pas le fatalisme
Pour Spinoza, tout a une cause, et pourtant une forme de liberté reste possible : comprendre ce qui nous détermine, et en tirer de la joie.
Le déterminisme de Spinoza est souvent présenté comme la preuve que la liberté n'existe pas. C'est un contresens. Pour lui, une forme de liberté est possible, mais elle ne s'oppose pas à la nécessité : elle l'inclut. Cet épisode explique pourquoi le déterminisme n'est pas le fatalisme.
Tout a une cause
Le déterminisme, c'est l'idée que tout ce qui arrive résulte d'un enchaînement de causes et d'effets. L'image la plus simple est celle des dominos : chacun fait tomber le suivant. Cela vaut aussi pour les comportements humains. Si quelqu'un regarde cette vidéo, c'est peut-être qu'il a reçu une notification, parce qu'il s'est abonné, parce qu'une vidéo précédente lui a plu, et ainsi de suite. On ne connaît pas toujours les causes, mais elles existent. Un effet sans cause serait absurde.
Nécessaire ne veut pas dire obligatoire
Chez Spinoza, ce qui est nécessaire, c'est ce qui ne peut pas être autrement. Ce n'est pas une règle ou un devoir : sortir sous la pluie sans parapluie, c'est nécessairement se faire mouiller. Le monde est donc rationnel : rien n'y arrive sans raison. Quand quelque chose paraît absurde, c'est qu'on n'en a pas encore compris les causes. Un comportement agressif, par exemple, peut s'expliquer par des violences subies. Comprendre n'est pas excuser : on peut connaître les raisons d'un vol sans le trouver acceptable.
Ne pas se moquer, mais comprendre
Dans le Traité politique, Spinoza dit avoir pris soin de ne pas tourner en dérision les actions humaines, de ne pas les déplorer ni les détester, mais de les comprendre. Pour lui, une grande part de nos malheurs vient de là : on préfère juger plutôt que chercher les causes.
La pierre qui se croit libre
Dans une lettre, Spinoza imagine une pierre lancée qui aurait conscience de son mouvement : elle se croirait libre de choisir sa trajectoire. Les hommes sont dans le même cas : ils ont conscience de leurs désirs, mais ignorent ce qui les cause. La seule différence entre eux et une boule de billard, c'est le nombre de causes en jeu. Un joueur de billard peut prévoir la trajectoire d'une boule. Prévoir un comportement humain est bien plus difficile, non parce qu'il échapperait aux causes, mais parce qu'elles sont innombrables.
La liberté, c'est la puissance d'agir
Spinoza distingue deux grandes familles d'affects. La joie augmente notre puissance d'agir, la tristesse la réduit. Or comprendre les causes de ce qui nous arrive procure de la joie. Plus on comprend, plus on devient actif plutôt que de subir. Être libre, chez Spinoza, ce n'est pas sortir de la nécessité. C'est y prendre part activement, en la comprenant. Contrairement aux stoïciens, il ne s'agit pas de supprimer les émotions, mais de combattre les affects tristes par des affects joyeux.
Déterminisme ou fatalisme ?
Le fatalisme dit : à quoi bon, tout est déjà écrit. Le déterminisme dit autre chose : nos actions sont elles-mêmes des causes qui produisent des effets. Comprendre est un acte, et cet acte change la façon dont on vit les événements. Conclure du déterminisme qu'il faut rester passif, c'est ne pas l'avoir compris.
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