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Spinoza : le libre arbitre n'est-il qu'une illusion ?

Pour Spinoza, se croire libre, c'est ignorer ce qui nous fait agir. Mais la liberté reste possible : elle passe par la raison.

Spinoza est l'un des monuments de la philosophie. Son ambition est immense : penser Dieu ou la Nature, c'est-à-dire la totalité de ce qui existe. Cet épisode propose une porte d'entrée par une question précise : sommes-nous vraiment libres ?

Un philosophe qui dérangeait

Né en 1632 à Amsterdam dans une famille juive d'origine portugaise, Spinoza est exclu de sa communauté en 1656. On raconte qu'il échappa à une tentative d'assassinat et garda toute sa vie le manteau troué par le coup de couteau. Son œuvre majeure, l'Éthique, ne paraît qu'après sa mort, en 1677 : publiée de son vivant, elle lui aurait valu de graves ennuis.

Le corps et l'esprit ne font qu'un

Descartes séparait l'esprit et la matière. Spinoza refuse cette coupure : le corps et l'esprit sont deux expressions d'une seule et même réalité. Prenons quelqu'un qui vient de fumer du cannabis : il pense autrement, mais il est aussi plus mou physiquement. Ce qui touche l'esprit touche le corps, et inversement.

Pourquoi le libre arbitre est une illusion

Pour Descartes, la volonté peut se déterminer d'elle-même : c'est le libre arbitre. Spinoza n'y croit pas. Quelqu'un se lève du canapé pour prendre un yaourt et a l'impression de l'avoir choisi. Mais il ignore tout ce qui a fait naître cette envie, peut-être une publicité vue juste avant. On choisit, certes, mais on ne choisit pas les raisons qui nous font choisir. Spinoza prend l'image d'une pierre lancée : si elle avait une conscience, elle croirait décider elle-même de sa trajectoire. Les hommes se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs désirs, mais ignorent les causes qui les déterminent.

Alors, aucune liberté ?

On s'arrête souvent là, et c'est un contresens. Si son livre s'appelle Éthique, c'est qu'il reste possible d'agir sur soi-même. Cette possibilité passe par la raison : comprendre ce qui nous détermine, à commencer par nos émotions. Un conjoint devait rentrer à 18 heures, il est 19 heures et il ne répond pas. L'inquiétude monte, mais elle n'apprend rien et ne change rien. Pour Spinoza, une passion cesse d'être une passion dès qu'on en forme une idée claire et distincte.

La liberté, c'est comprendre

Être libre, chez Spinoza, ne veut pas dire échapper aux lois de la nature. Personne n'est libre de décider que deux et deux font cinq, et l'accepter ne coûte rien. La liberté consiste à comprendre l'enchaînement des causes au lieu de le subir, et à agir selon sa propre nature. Elle s'accompagne de la joie, qui marque pour Spinoza l'augmentation de notre puissance d'agir.

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Pour approfondir, les fiches de cours La liberté n'est-elle qu'une illusion ? et Morale et liberté.

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