top of page

Introduction à saint Augustin et les trois libidos

Jouir, savoir, dominer : saint Augustin voit dans ces trois désirs les grandes pentes du cœur humain. Une grille de lecture que Pascal reprendra.

Saint Augustin a donné une forme célèbre à une idée ancienne : le cœur humain serait tiraillé par trois grands désirs, les trois libidos. Vouloir jouir, vouloir savoir, vouloir dominer. Un dimanche ordinaire suffit à les voir à l’œuvre : un repas trop copieux, une heure à faire défiler les nouvelles sur son téléphone, l’envie d’avoir le dernier mot dans une discussion de famille. Pour Augustin, ces trois désirs détournent l’être humain du bonheur véritable.

Qui était saint Augustin ?

Augustin naît en 354 à Thagaste, en Afrique du Nord, dans l’actuelle Algérie. Il mène une jeunesse agitée, adhère un temps au manichéisme et enseigne la rhétorique à Carthage, à Rome puis à Milan. En 386, il se convertit au christianisme. Il devient évêque d’Hippone, où il meurt en 430. Ses Confessions, écrites vers 400, racontent son parcours sous forme de prière adressée à Dieu. Il y avoue par exemple avoir volé des poires, adolescent, sans avoir faim, pour le seul plaisir de mal faire. Sa Cité de Dieu est un autre texte majeur de la pensée chrétienne.

D’où viennent les trois concupiscences ?

La source est biblique. La Première épître de Jean (2,16) affirme que tout ce qui est dans le monde se ramène à trois choses : la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie. Le mot latin concupiscentia désigne un désir désordonné, tourné vers les créatures plutôt que vers Dieu. Au livre X des Confessions, Augustin reprend cette triade pour examiner ses propres tentations. La formule latine que l’on cite aujourd’hui se lit chez Pascal, dans les Pensées : « libido sentiendi, libido sciendi, libido dominandi ». Le mot libido a ici un sens large : le désir en général, et non le désir sexuel au sens de Freud.

Quelles sont les trois libidos ?

  • Libido sentiendi, le désir de sentir : les plaisirs des sens, la nourriture, la sexualité, le confort. Augustin ne condamne pas le corps. Il avoue même avoir du mal, en mangeant, à distinguer le besoin du plaisir. Le problème naît quand le plaisir devient une fin en soi.
  • Libido sciendi, le désir de savoir, qu’Augustin appelle curiosité. Ce n’est pas l’amour de la vérité, mais l’appétit de voir et de connaître pour le plaisir : spectacles, rumeurs, nouveautés. Augustin raconte qu’un lézard qui attrape des mouches suffit à capter son attention.
  • Libido dominandi, le désir de dominer : vouloir être craint, admiré, obéi. C’est la forme de l’orgueil. Dans La Cité de Dieu, Augustin décrit la cité terrestre comme dominée par ce désir même de dominer.

Comment Pascal reprend-il les trois libidos ?

Au XVIIe siècle, Pascal, nourri d’Augustin, fait des trois concupiscences une clé pour lire la société. Les uns cherchent le plaisir, d’autres la science, d’autres le pouvoir. Chacun croit trouver le bonheur dans son domaine et méprise souvent celui des autres. Pour Pascal comme pour Augustin, aucun de ces biens ne peut combler le cœur humain. La grille garde une force étonnante aujourd’hui : la société de consommation sollicite la première libido, le flot continu d’informations la deuxième, la course au statut et à la visibilité la troisième.

Ce qu’il faut retenir

  • Les trois concupiscences viennent de la Première épître de Jean (2,16) : chair, yeux, orgueil.
  • Saint Augustin les analyse au livre X des Confessions comme les trois grandes tentations.
  • On les nomme libido sentiendi (plaisir), libido sciendi (curiosité) et libido dominandi (pouvoir).
  • Pascal reprend cette triade dans les Pensées pour décrire les ressorts du comportement humain.

Aller plus loin

Le cours complet sur le Patreon du Précepteur approfondit la pensée de saint Augustin et les trois libidos, avec exemples et références.

Pour prolonger, voir les épisodes Pascal : le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point et Schopenhauer : la volonté, l’amour et le désir, ainsi que les cours Histoire de la philosophie : Partie 2 - Le Moyen Âge et Désir et bonheur.

Pour découvrir l’histoire de la philosophie en bande dessinée : Philorama (★ 4,5/5 sur Amazon, 15 avis) (Larousse).

En tant que Partenaire Amazon, Le Précepteur réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Le cours complet est sur Patreon

La version complète de ce cours vous attend sur le Patreon du Précepteur, avec toute la bibliothèque de cours, les épisodes sans publicité et les directs. Plus d'un million d'abonnés suivent déjà Le Précepteur sur YouTube. À partir de 6 € par mois, sans engagement.

bottom of page