La liberté
Tout le monde se croit libre. Pourtant, depuis plus de deux mille ans, les philosophes se demandent si cette impression ne serait pas une illusion. Voici l'essentiel pour comprendre la notion et la travailler au bac.
Ce que veut dire « être libre »
Dans la vie courante, être libre, c'est faire ce que l'on veut. Personne ne nous enferme, personne ne nous force. Les philosophes appellent cela la liberté d'action. Mais une question plus profonde se cache derrière : nos choix viennent-ils vraiment de nous ? Celui qui achète un produit parce qu'une publicité l'a convaincu fait ce qu'il veut, et pourtant on hésite à dire qu'il a choisi librement. C'est la question du libre arbitre : la capacité de décider par soi-même, sans y être déterminé par autre chose.
Descartes : la liberté est une évidence
Pour Descartes, il suffit de s'observer pour constater que l'on est libre. Dans la Quatrième méditation (1641), il explique que notre volonté est sans limite : on peut toujours dire oui ou non. Il distingue toutefois deux niveaux. Choisir au hasard entre deux options équivalentes, c'est la « liberté d'indifférence », le plus bas degré de la liberté. On est vraiment libre quand on choisit en connaissance de cause, parce qu'on voit clairement ce qui est vrai ou bon.
Spinoza : la liberté est une illusion
Spinoza prend le contre-pied. Les hommes se croient libres parce qu'ils sont conscients de leurs désirs, mais ignorent les causes qui les déterminent. Dans une lettre de 1674, il compare l'homme à une pierre lancée en l'air qui, si elle pouvait penser, se croirait libre de tomber. Pour autant, Spinoza ne renonce pas à la liberté : elle consiste à comprendre ce qui nous détermine, au lieu de le subir sans le savoir.
Rousseau et Kant : obéir à la loi qu'on se donne
Faire tout ce que l'on veut, est-ce être libre ? Pour Rousseau, non : celui qui suit chacune de ses envies en reste esclave. Dans Du contrat social (1762), il écrit que « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté ». Kant prolonge cette idée avec l'autonomie : la volonté est libre quand elle suit une règle que la raison se donne à elle-même, et non quand elle cède à la peur, à l'intérêt ou au désir.
Les stoïciens : ce qui dépend de nous
Épictète, ancien esclave devenu philosophe, ouvre son Manuel sur une distinction : certaines choses dépendent de nous (nos jugements, nos désirs), d'autres non (le corps, la réputation, les événements). La liberté intérieure consiste à ne plus attacher son bonheur à ce qu'on ne contrôle pas. Un esclave peut alors être plus libre que son maître.
Sartre : condamné à être libre
Au XXe siècle, Sartre pousse la liberté jusqu'au bout. L'homme n'a pas de nature fixée d'avance : il devient ce qu'il fait. Dans L'existentialisme est un humanisme (1946), il affirme que « l'homme est condamné à être libre ». Condamné, parce que même ne pas choisir reste un choix, et qu'on ne peut pas rejeter sur les circonstances la responsabilité de ce qu'on devient.
Sujets de dissertation classiques
La liberté est-elle une illusion ?
Être libre, est-ce faire ce que l'on veut ?
Peut-on être libre sans obéir à des lois ?
Le travail nous rend-il libres ?
Sommes-nous responsables de ce que nous sommes ?
