top of page

L'art a-t-il une utilité ?

Un tableau ne nourrit personne et une symphonie ne répare rien. Pourtant, aucune société humaine ne s’est passée d’art. Pourquoi ?

L’art a-t-il une utilité ? À première vue, non. Un tableau ne nourrit personne, une chanson ne répare pas une fuite d’eau. Quand un budget doit être réduit, la culture passe souvent en premier. Pourtant, des grottes ornées de la préhistoire aux playlists d’aujourd’hui, aucune société ne s’est passée d’images, de récits ou de musique. Ce sujet de dissertation de philosophie oblige à se demander ce que l’on attend vraiment d’une œuvre.

L’art sert-il à quelque chose ?

Pour Platon, l’art a surtout des effets, et ils sont inquiétants. Au livre X de la République, il présente la peinture comme l’imitation d’une imitation : le peintre copie le lit fabriqué par l’artisan, qui lui-même imite l’idée de lit. L’art éloigne donc de la vérité. Les poètes, de leur côté, flattent les passions au lieu de les régler. Platon envisage de les écarter de la cité idéale.

Aristote répond à son maître dans la Poétique. L’imitation est naturelle à l’être humain, et c’est par elle qu’il apprend dès l’enfance. La tragédie, en suscitant la pitié et la crainte, opère une catharsis, une purification de ces émotions. Pleurer devant un film n’est pas inutile : c’est une manière de vivre et de mettre à distance ce qui fait peur. L’art a donc une fonction, à la fois intellectuelle et émotionnelle.

Le beau doit-il être inutile ?

Emmanuel Kant, dans la Critique de la faculté de juger (1790), change de perspective. Le beau procure une satisfaction désintéressée : on ne désire ni posséder ni consommer la fleur qu’on trouve belle. Il plaît universellement sans concept. Surtout, Kant définit la beauté comme la forme d’une finalité perçue sans représentation d’une fin, ce que l’on résume souvent par la formule « finalité sans fin ». Une belle œuvre semble parfaitement organisée, comme si elle visait un but, mais elle ne sert à rien de précis.

Au XIXe siècle, Théophile Gautier radicalise l’idée dans la préface de Mademoiselle de Maupin (1835) : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ». C’est le mot d’ordre de « l’art pour l’art ». Réduire une œuvre à son utilité, ce serait la confondre avec un outil.

L’art peut-il être inutile et pourtant nécessaire ?

Dire que l’art n’a pas d’usage pratique ne signifie pas qu’il ne sert à rien. Hegel, dans ses Cours d’esthétique, voit dans l’art une manière pour l’esprit humain de se reconnaître dans le monde. Il donne l’exemple d’un enfant qui lance des cailloux dans une rivière et admire les ronds dans l’eau : il contemple une œuvre qui vient de lui. L’art répond à ce besoin de laisser sa marque et de se comprendre.

Henri Bergson, dans Le Rire (1900), part du constat inverse. La perception ordinaire est tournée vers l’action : on ne voit des choses que ce qui sert. L’artiste, plus détaché, perçoit ce que les autres négligent, et son œuvre écarte ce voile. Oscar Wilde, dans Le Déclin du mensonge (1889), s’amuse à dire que les brouillards de Londres n’existaient pas avant que les peintres ne les montrent. L’art est inutile au sens pratique, mais il change le regard.

Ce qu’il faut retenir

  • Platon se méfie de l’art, imitation éloignée du vrai ; Aristote lui reconnaît une fonction de connaissance et de catharsis.
  • Pour Kant, le beau plaît de façon désintéressée : c’est l’idée de « finalité sans fin ».
  • Gautier et « l’art pour l’art » refusent de juger une œuvre par son utilité.
  • Pour Hegel et Bergson, l’art n’a pas d’usage pratique, mais il aide à se comprendre et à mieux voir le réel.

Aller plus loin

Pour explorer cette question avec davantage d’exemples et de références, rendez-vous sur le cours complet sur le Patreon du Précepteur.

En tant que Partenaire Amazon, Le Précepteur réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Le cours complet est sur Patreon

La version complète de ce cours vous attend sur le Patreon du Précepteur, avec toute la bibliothèque de cours, les épisodes sans publicité et les directs. Plus d'un million d'abonnés suivent déjà Le Précepteur sur YouTube. À partir de 6 € par mois, sans engagement.

bottom of page