Eckhart Tolle : le pouvoir du moment présent
Selon Eckhart Tolle, notre souffrance vient surtout du mental qui tourne en boucle. Comment sortir de la pensée compulsive et revenir au présent.
Eckhart Tolle, né en Allemagne en 1948, se fait connaître en 1997 avec Le Pouvoir du moment présent, un best-seller traduit dans le monde entier. On pourrait le ranger trop vite parmi les livres de développement personnel qui promettent le bonheur. Cet épisode montre qu'il contient pourtant une vraie proposition philosophique.
Une expérience fondatrice
Tolle grandit en Allemagne puis s'installe en Angleterre. Vers 29 ans, alors qu'il traverse une profonde dépression, il vit une expérience intérieure qui le bouleverse, un peu comme la « nuit de feu » de Pascal. Il en tire une conviction : l'essentiel de notre souffrance ne vient pas de nos conditions de vie, mais de la façon dont notre esprit fonctionne.
La pensée compulsive
On prend son petit déjeuner en pensant au banquier à appeler. On conduit en répétant la discussion à venir avec son patron. Le corps est ici, l'esprit est ailleurs. Ces pensées arrivent sans avoir été invitées et s'enchaînent sans fin. C'est ce que Tolle appelle la pensée compulsive. Pour s'en rendre compte, il suffit d'essayer de ne penser à rien pendant dix secondes. Comme Épictète disait qu'être dominé par ses émotions, c'est en être l'esclave, Tolle estime qu'on devient l'esclave de son mental.
Le mental, un outil qui a pris le pouvoir
Tolle ne condamne pas la pensée. Elle est un outil précieux pour comprendre, décider, résoudre un problème. Chercher où l'on a posé ses clés, c'est utile. Ressasser une erreur passée ou un examen dans quinze jours, beaucoup moins. Le mental adore entretenir les problèmes, parce qu'il s'en nourrit. L'épisode compare cela à la boulimie : une boulimie mentale, que tout le monde finit par trouver normale.
Penser au pire, c'est déjà souffrir
La pensée compulsive est souvent inquiète. Un proche est en retard et ne répond pas : l'esprit imagine aussitôt le pire. Or penser à un malheur produit une émotion bien réelle. Repenser au conducteur qui a grillé la priorité ne change rien, sauf prolonger l'énervement. On retrouve l'idée d'Épictète : ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, mais les jugements qu'ils portent sur elles.
Le piège du passé et du futur
Le mental vit dans le passé, par le souvenir, ou dans le futur, par l'anticipation. Le blues du dimanche soir en est un bon exemple. On est alors coupé en deux : présent physiquement, absent mentalement. Tolle ne rejette pas toute anticipation : regarder avant de traverser, c'est une peur utile. Mais une fois le message reçu, inutile de le ressasser.
Revenir à la présence
Pour sortir du mental, Tolle propose la présence : une attention pleine et entière à ce qui est. L'épisode propose un petit exercice : suivre des yeux un point blanc qui bouge sur un écran noir. Pendant ce temps, on ne pense à rien d'autre. Il s'agit de retrouver cette attention dans la vie quotidienne : en conduisant, en écoutant quelqu'un, en respirant. Saint Augustin jugeait le temps impossible à définir. Pour Tolle, seul le présent existe vraiment. Et dans le présent, il y a des situations à traiter, rarement des problèmes.
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