Spinoza : Dieu ou la Nature, un Dieu qui n'attend rien de nous
Pour Spinoza, Dieu n'a ni désir, ni colère, ni projet : il est la Nature elle-même. Une idée qui lui a valu l'exclusion de sa communauté.
Spinoza, philosophe néerlandais du XVIIe siècle issu d'une famille juive d'origine portugaise, est exclu de sa communauté en 1656. Sa conception de Dieu s'éloigne trop de celle des religions monothéistes. Par prudence, il publie le Traité théologico-politique de façon anonyme, en 1670, et renonce à faire paraître l'Éthique de son vivant. Cet épisode explique ce qu'il reproche à la vision classique de Dieu, et ce qu'il propose à la place.
Un Dieu fait à l'image de l'homme
La Bible présente souvent un Dieu en colère, vengeur, jaloux. Pour Spinoza, ce sont des sentiments humains. Les prêter à un être parfait et infini n'a pas de sens. On a, en quelque sorte, retourné la formule biblique : les hommes ont fait Dieu à leur image. C'est ce qu'on appelle l'anthropomorphisme.
Un être parfait ne désire rien
Désirer, c'est manquer de quelque chose. Dans Le Banquet de Platon, Aristophane raconte que les humains, coupés en deux par Zeus, cherchent depuis leur moitié perdue : voilà l'amour. Or rien ne peut manquer à un être parfait. Dire que Dieu a voulu créer le monde, c'est donc supposer qu'il lui manquait quelque chose. Pour Spinoza, Dieu n'a ni volonté, ni projet, ni émotions. Il n'attend rien de nous. Cette idée dérangeait les autorités religieuses : un Dieu qui ne punit pas ne fait plus peur.
Deus sive Natura
Deuxième désaccord : Dieu n'est pas un être extérieur au monde, qui l'aurait fabriqué un jour comme on réalise un projet de vacances. Dieu et la Nature ne font qu'un. La formule latine « Deus sive Natura », Dieu ou la Nature, résume cette idée. Le micro posé sur la table, l'arbre derrière la fenêtre, chaque être humain : tout est une expression de Dieu.
La substance et ses attributs
Spinoza appelle Dieu la substance, ce qui existe par soi. Elle possède une infinité d'attributs, c'est-à-dire de façons de la saisir. L'épisode prend l'image d'une rose : on peut la décrire par sa couleur, par la douceur de ses pétales ou par son parfum. Chaque sens donne un aspect vrai, mais partiel. L'être humain ne connaît que deux attributs : l'étendue, c'est-à-dire la matière, et la pensée. Contrairement à Descartes, Spinoza ne sépare pas le corps et l'esprit : ce sont deux faces d'une même réalité. D'où l'erreur de faire de lui un pur matérialiste, ou un simple athée qui aurait collé le mot « Dieu » sur la nature.
Nature naturante et nature naturée
Spinoza distingue la nature naturante, Dieu comme puissance qui produit, et la nature naturée, l'ensemble des choses produites. L'épisode compare cela à un enfant qui deviendra parent à son tour : on peut être à la fois produit et producteur. Il n'y a pas de création volontaire, mais une puissance qui se déploie.
La liberté, une libre nécessité
Pour Spinoza, est libre ce qui existe et agit par la seule nécessité de sa nature. Au sens strict, seul Dieu est une cause libre. L'être humain, lui, est presque toujours déterminé par des causes extérieures. Mais il peut gagner en liberté en comprenant ce qui le détermine, et en agissant selon sa propre nature.
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