Les origines du libéralisme
Droits individuels, séparation des pouvoirs, liberté des échanges : le libéralisme est né de quelques idées fortes, aussitôt contestées. Retour aux sources.
Les origines du libéralisme remontent aux XVIIe et XVIIIe siècles, bien avant que le mot serve d’étiquette dans les débats politiques. Aujourd’hui, « libéral » peut désigner un partisan du marché en France et un progressiste aux États-Unis : de quoi s’y perdre. Revenir aux auteurs fondateurs permet de comprendre ce qu’ils défendaient vraiment, et pourquoi leurs idées ont suscité, dès le départ, de vives critiques.
Locke : les droits naturels de l’individu
John Locke (1632-1704) est souvent considéré comme le père du libéralisme politique. Dans le Second traité du gouvernement civil (1690), il soutient que chaque individu possède, avant toute société, des droits naturels : la vie, la liberté et les biens. Les hommes forment un gouvernement par consentement, pour protéger ces droits. Si le pouvoir les viole, le peuple peut légitimement lui résister.
Dans sa Lettre sur la tolérance (1689), Locke défend aussi la séparation entre l’Église et l’État : le pouvoir politique n’a pas à imposer une croyance.
Montesquieu : limiter le pouvoir par le pouvoir
Montesquieu (1689-1755) publie De l’esprit des lois en 1748. Admirateur des institutions anglaises, il constate que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. Pour protéger la liberté, il faut donc que « le pouvoir arrête le pouvoir ». D’où la distinction des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, qui inspirera de nombreuses constitutions modernes.
Adam Smith : la liberté économique
Le philosophe écossais Adam Smith (1723-1790) est d’abord un moraliste, auteur de la Théorie des sentiments moraux (1759). Dans La Richesse des nations (1776), il montre que la division du travail augmente fortement la production, avec l’exemple célèbre d’une manufacture d’épingles. Il observe que le boulanger ou le boucher servent leurs clients par intérêt plus que par bienveillance. Pourtant, ces intérêts particuliers peuvent produire un bien commun, comme guidés par une « main invisible ». L’expression n’apparaît qu’une fois dans l’ouvrage, et Smith reconnaît aussi un rôle à l’État, notamment pour la justice, la défense et certains travaux publics.
Constant et Tocqueville : la liberté des Modernes
Au XIXe siècle, le libéralisme s’affine au contact de la Révolution et de la démocratie :
- Benjamin Constant (1767-1830) : dans son discours De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes (1819), il oppose la participation collective des Anciens à la jouissance paisible de l’indépendance privée, propre aux Modernes.
- Alexis de Tocqueville (1805-1859) : dans De la démocratie en Amérique (1835 et 1840), il admire l’égalité démocratique mais met en garde contre la « tyrannie de la majorité » et un despotisme doux.
- John Stuart Mill (1806-1873) : dans De la liberté (1859), il pose que la société ne peut limiter la liberté d’un individu que pour empêcher qu’il nuise à autrui.
Les principales critiques
Ces idées ont été contestées dès leur apparition. Rousseau, dans son Discours sur l’origine de l’inégalité (1755), voit dans la propriété l’origine des inégalités. Marx, dans Sur la question juive (1844), juge que les droits de l’homme protègent surtout l’individu égoïste, séparé de la communauté, et que l’émancipation politique ne suffit pas à l’émancipation humaine. Au XXe siècle, des penseurs dits communautariens, comme Michael Sandel, reprochent au libéralisme de concevoir un individu détaché de ses appartenances. Ses défenseurs répondent que ces critiques sous-estiment les dangers d’un pouvoir sans limites.
Ce qu’il faut retenir
- Le libéralisme politique naît avec Locke et l’idée de droits naturels de l’individu.
- Montesquieu fonde la liberté sur l’équilibre et la limitation des pouvoirs.
- Adam Smith pense la liberté économique, sans exclure tout rôle de l’État.
- Rousseau, Marx et les communautariens en proposent des critiques de fond.
Aller plus loin
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À voir aussi : Marx : l’aliénation expliquée simplement et La Boétie : le discours de la servitude volontaire. Pour prolonger la réflexion, les cours Introduction à Ayn Rand et La politique, est-ce la recherche du pouvoir ?.
